Le soleil, source d'énergie

Bruno Clément, maire de Saucats
Bruno Clément, maire de Saucats

Par Dominique Beutis- photo D. Sherwin-White

 

Dans un contexte d’urgence climatique, la commune de Saucats envisage d’accueillir le plus grand parc photovoltaïque d’Europe.

 

Horizeo1 est un projet d’envergure :1 000 ha de panneaux solaires sur une superficie de 2 000 ha pour un coût d’un milliard d’euros. Il produira une énergie verte et compétitive. Porté par Engie, Neoen et la Banque des Territoires2, il associe des technologies d’avenir à un parc photovoltaïque d'un gigawatt (GW), soit 1/36e de la puissance totale de la centrale du Blayais.

Bruno Clément, maire de Saucats, explique pourquoi il défend ce projet depuis le début en 2018.

 

L’Observatoire : Quels atouts ont présidé au choix d’implantation à Saucats ?

Bruno Clément : Nous avons sur la commune un poste énergétique RTE3 qui a été construit en même temps que la centrale nucléaire du Blayais. Ce poste a encore une grande capacité disponible d’absorption et de réinjection dans le réseau au moins égale à 1 GW. Ce cas de figure est quasiment unique en France. L’emplacement choisi est un site de 2 000 ha d’un seul tenant, entièrement clôturé et inaccessible au public. Ces terrains, exploités pour la production industrielle de bois, accueillent actuellement deux chasses privées et concernent un seul propriétaire.

Qu’est ce qui a motivé votre adhésion et celle de votre Conseil municipal à ce projet ?

— Le Conseil a engagé une procédure de mise en compatibilité du Plan Local d’Urbanisme (PLU) En effet, aujourd’hui celui-ci ne permet pas l’installation du projet qui se situe en zone forestière. Nous avons par ailleurs saisi la Commission nationale du débat public (CNDP) car nous avions besoin d’informations précises, complémentaires permettant de mesurer les enjeux. Nous avons ainsi obtenu toute une série d’études complémentaires qui sont en cours de restitution.

La non-aggravation des risques eau et incendie sera pour nous la condition incontournable. 

Si la réponse n’est pas satisfaisante, nous ne donnerons pas suite au projet.

À quelle étape se trouve le projet actuellement ?

— Nous en sommes à l’étape de validation par les services de l’État avec toutes les autorisations nécessaires : défrichement, obligation de compensation par des boisements d’au moins une surface équivalente à celle défrichée (À noter qu’Engie et Neoen se sont engagés à des boisements de 2 000 ha soit le double de la surface initialement défrichée). Suivent ensuite les autorisations administratives et environnementales.

J’attends de l’État qu’il garantisse le cadre légal dans lequel nous avançons. 

Le choix de l’implantation en forêt n’est-il pas paradoxal alors que l’on connait aujourd’hui les fonctions écologiques importantes des milieux forestiers ?

— Il s’agit d'une forêt de production, d’industrie. Tous les 10 ans, il y a des coupes d’éclaircie et tous les 35 ans, on rase tout. Ce n’est pas la même chose qu’une forêt de feuillus que l’on préserve et que l’on garde ; ici, il n’y a pas d’arbres centenaires.

Selon le rendu du débat public, l’impact carbone est positif. 

Enfin, si l’on resitue la taille du projet - 1 000 ha - par rapport à celle du massif forestier -1 million d’ha -, cela représente 0,1 % de la superficie totale. L’amputation reste donc marginale.

Quels arguments vous paraissent essentiels pour la défense du projet ?

— L’impact écologique est moindre. Des engins travaillent déjà dans cette forêt. La biodiversité existe, mais n’est pas d’une richesse extraordinaire. Pour autant, nous évitons les endroits où elle est plus importante. Par ailleurs l’implantation prévue pour la pose des panneaux peut bouger en fonction des zones à préserver. 

Dans un projet de la dimension d’Horizeo, toutes les zones humides peuvent être évitées et la richesse en bio diversité est ainsi préservée. Il y a suffisamment de place pour la circulation des pompiers, l’installation de pare-feu et un aménagement paysager. 

De plus le projet ne coûte rien au contribuable : il n’est pas subventionné car intégralement financé par les porteurs de projet. Enfin la rentrée financière que représentent pour la commune la taxe d’aménagement et la taxe foncière n’est pas à négliger. 

Horizeo peut-il garantir une compatibilité entre activités agricoles et photovoltaïques ?

— Le projet prévoit une activité d’agrivoltaïsme sur environ 35 ha. Les panneaux seront posés assez haut pour permettre la culture ou l’élevage. Des moutons peuvent venir sous les panneaux. Une étude récente a d’ailleurs démontré que l’herbe était plus verte sous les panneaux qu’à l’extérieur entre mai et septembre car il y fait moins chaud. Cela favorise aussi les cultures car il y a moins d’évaporation d’eau sous les panneaux. 

Le programme est-il réversible ?

— Oui, les panneaux peuvent être retirés sans problème. 

 

Vous vous heurtez à de nombreuses oppositions (président du Conseil départemental de Gironde, syndicat des sylviculteurs du Sud-Ouest, FNSEA 33 notamment). De quel ordre sont-elles ?

— Nous avons beaucoup échangé avec le président du Conseil départemental. Ses arguments en défaveur du projet concernent surtout l’abattage de 1 000 ha de pins. Par ailleurs il y a toujours la crainte d’un développement exponentiel de ce type de structure. À Saucats, le poste énergétique existait déjà ce qui a motivé notre adhésion. Mais dans certaines zones, la construction du poste énergétique pour un coût important se retrouve inévitablement sur nos factures.

J’ai pu défendre mon point de vue auprès du Conseil économique, social et environnemental de la Région.

Il faut savoir être respectueux des convictions de chacun. Certains moments sont plus virulents bien sûr, j’arrive à convaincre ou non mais ce n’est pas la guerre pour autant, il faut savoir relativiser.

Les citoyens eux-mêmes ont émis des craintes… 

—Oui et ils ont pu s’exprimer. Toutefois les arguments contre qu’ils ont avancés tombent les uns après les autres au vu du résultat des études. Ce qui va rester c’est le fait de couper 1 000 ha de pins.

Le débat public s’est terminé en mars 2022. En juillet 2022 ont été nommés deux garants de la concertation permanente sur les sujets mis en exergue par la CNDP. La commune va mettre en place cette concertation. Risques, propositions seront ainsi évalués et discutés. 

À la fin de l’année il y aura enquête publique. Tous les dossiers seront alors en consultation. Puis le commissaire enquêteur rendra son rapport.

Compte tenu de ces diverses oppositions, la volonté communale est-elle toujours intacte ?

— Plus honnêtement, il s’agit de la volonté du Maire et d’une partie du Conseil municipal. C’est aussi partagé au sein de la population. C’est normal, nous sommes dans une démocratie, il faut la faire vivre. Quel que soit le résultat, nous l’accepterons. Bien sûr je serais déçu si le projet n’aboutit pas 

Mais ce qui compte pour moi c’est que chacun ait pu s’exprimer, qu’il y ait eu des débats et que le choix démocratique soit respecté.

 

 

1HORIZEO  https://horizeo-saucats.fr/

2ENGIE : groupe industriel énergétique français créé en 2008 d'une fusion entre Gaz de France et SUEZ, dont le principal actionnaire est l'État français

NEOEN : premier producteur indépendant français d’énergies exclusivement renouvelables.

BANQUE DES TERRITOIRES : rassemble des expertises de conseil et de financement à destination des acteurs territoriaux pour faciliter la réalisation de leurs projets.

3RTE : raccorde le parc photovoltaïque au réseau de transport d’électricité.

SAUCATS est une commune de 3 415 habitants du canton de La Brède et de la communauté de communes de Montesquieu, en Haute-Lande-Girondine.