La filleule de Bordeaux

 

L’histoire mouvementée de Rions se lit au fil des rues de cette petite cité qui fut la plus fortifiée des villes de Guyenne.

 

 

par Arlette Petit

 

 

Parmi les petits villages qui bordent la rive droite de la Garonne, il y a quelques joyaux. Ainsi, Rions, à une trentaine de kilomètres en amont de la capitale girondine ; une petite cité qui vaut par la qualité de ses vieilles pierres mais aussi par son histoire à la fois riche et mouvementée.

 

 

Domination anglaise

Le nom de la petite cité vient du latin Rincium qui signifie « bâti sur le rocher ». Sa position défensive naturelle a attiré des occupants dès la fin de l’Antiquité. Dans une des deux grottes, en contrebas de la plate-forme de rochers, sur laquelle s’est construit le village, des recherches archéologiques ont même mis au jour des tessons de céramique du premier âge de fer.

Puis, Reontium apparaît dans l’histoire au cours des années qui suivirent l’installation des Wisigoths en Aquitaine vers le IVe siècle. Les rues disent d’ailleurs l’histoire des occupations successives : la rue Sarrazine rappelle la présence arabe, la Normand-Nord celle des… Normands.

Le mariage d’Aliénor d’Aquitaine avec Henri Plantagenet, en 1152, place la région sous domination anglaise. Rions sera ainsi mêlée aux grands évènements de la guerre de Cent Ans. La cité sera souvent conquise, rasée, reconstruite. Ses remparts seront démantelés, rebâtis. Elle deviendra même la plus forte ville de la Guyenne. En 1379, Rions se range sous le patronage de Bordeaux qui en fait sa filleule. Jusqu’au début du XIVe siècle, elle est tantôt française, tantôt anglaise. Après la bataille de Castillon, elle devient définitivement française.

 

 

Un port disparu

La promenade dans Rions commence par la découverte des remparts. Les courtines sont scandées irrégulièrement de tours et de portes fortifiées : porte Lavidon, porte Normande, porte du L’Hyan ; seule cette dernière est parvenue jusqu’à nous dans son état d’origine. Elle s’ouvre entre deux tourelles rondes. Le passage, voûté sur croisée d’ogives est défendu par un assommoir, une herse et des vantaux de bois. En pénétrant par la porte Judaïque, à quelques mètres de vous, se dresse l’église romane Saint-Seurin. Les chapiteaux sculptés de l’abside principale méritent votre attention. Face au portail méridional de l’église, se trouve la Maison du marchand qui a conservé son élévation d’origine du XVIIe siècle. Elle abrite aujourd’hui le Musée de l’histoire de Rions.

La ville possédait autrefois un petit port auquel on accédait par un estey1. Au XIVe siècle, il bénéficiait d’une activité importante. Les alluvions ont comblé progressivement le chenal qui est envahi aujourd’hui par la végétation sauvage.

En terminant votre promenade, si vous vous êtes laissé imprégner par l'histoire du village, vous garderez peut-être pendant quelques instants, l’impression d’avoir vécu dans un autre monde, dans des temps anciens, comme lors de la lecture d’un livre.

 

 

 

1Mot gascon pour désigner un petit cours d’eau soumis aux marées.