Face à une violence quotidienne

Dans le Médoc, une association accompagne les femmes désirant fuir les brutalités de leur compagnon.

Agir contre les violences faites aux femmes (ACV2F)1, association adhérente à la Fédération nationale Solidarité Femme est créée dans le Médoc en 2010. Sa première permanence s'est tenue en janvier 2011 à Saint-Vivien. Depuis, elle a étendu son réseau à l'ensemble du territoire. Elle accompagne les femmes désirant fuir la violence de leur compagnon. Pour ce faire, la structure s'est dotée d'une éducatrice spécialisée et de 10 bénévoles formés spécifiquement à l'accueil, au suivi psychologique et physique.

 

Comprendre

et ne pas juger

En France, durant l'année 2020, 90 femmes ont été tuées et plus de 200 000 ont subi des maltraitances de la part de leur entourage.

Il n'y a pas de profil type. Toutes les couches de la société sont touchées mais, dans leur jeunesse, huit femmes sur dix ont vécu des scènes de violence dans le couple parental. Les personnes issues de milieux défavorisés ont plus de difficultés à se sortir de cette situation. Quel que soit le milieu social, la violence et la façon d’exercer son emprise est la même. Les auteurs utilisent les mêmes stratégies : isoler, priver de revenu, surveiller tous les mouvements, etc.

Dans tous les cas, la présence d'enfants complique la prise en charge. Elle peut être le facteur déclencheur de leur démarche. Les femmes sont dans la dualité de les mettre à l'abri et en même temps de ne pas les séparer de leur père. Un des buts de l'accompagnement est de les amener à comprendre qu'ils sont victimes de la situation.

Plusieurs cas peuvent se présenter : certaines sont dans un profond désarroi. Elles ont beaucoup de peine à exprimer leur détresse. La mise en place d'un accompagnement est nécessaire pour leur permettre d'extérioriser leur mal-être. D’autres ont déjà réfléchi à la façon d'échapper à cette spirale de violence. Ces profils différents débouchent sur plusieurs types de solutions. Elles peuvent bénéficier d'un placement immédiat dans un logement d'urgence sécurisé pour un suivi spécifique (l'association en possède un). Pour celles qui sont plus avancées dans leur projet, elles peuvent être hébergées dans un des six logements mis à leur disposition pour qu'elles puissent se poser et préparer la suite. Toutes font l’objet d'un accompagnement qui doit se faire à leur rythme par le biais d'ateliers. Les bénévoles les aident à sortir de l'emprise du milieu familial, à se libérer de la peur, à retrouver leur autonomie et à prendre pleinement conscience de leur valeur.

 

L'importance d'échanger

Une ou deux fois par mois, adultes et enfants se retrouvent autour d'activités diverses : peinture, écriture, discussion, etc. L'une des fonctions de ces sessions est de leur faire reprendre leur rôle de maman, de les valoriser aux yeux des enfants. Pour certaines, des cours d’alphabétisation sont organisés en association avec L'Oiseau-Lire (école de français à Pauillac). Elles reprennent la maîtrise de leur corps par une pratique sportive (surf, paddle) et de leur esprit grâce à des séances de réflexologie et de sophrologie.

La mise en place de réseaux avec différents partenaires tels que les CCAS2, la MDSI3, les acteurs du logement social, Pôle emploi et des avocats permettent d'aborder le côté pratique du départ de la cellule familiale. L'association Solidarité Femme a passé une convention avec la compagnie d'assurance AXA pour qu’elle prenne éventuellement en charge une partie des frais d'avocat lorsque la plaignante n'a pas droit à l'assistance juridique.

Ce travail peut s'étendre sur plus d'une année, en fonction des rares moments de liberté dont disposent ces femmes.

Il y a des échecs mais il faut considérer que la personne ne repart pas à zéro même si celle-ci revient au domicile conjugal. Il y aura d'autres tentatives et au final elle partira. Les causes en sont multiples, en particulier elles se heurtent à l'incompréhension voire l'hostilité de la belle-famille et de leur propre famille. Elles doivent faire le deuil de l'amour qu'elles ont pu ou cru avoir pour leur mari. Elles pensent pouvoir changer leur époux ce qui est rare. Peu d'hommes acceptent de se faire soigner. Pour finir, l'indépendance financière est très difficile à atteindre surtout dans les milieux défavorisés.

 

De la prévention à la répression

Si la société veut que les choses évoluent dans ce domaine, il y a un gros travail à effectuer auprès des jeunes. Il faut les sensibiliser à l'égalité fille /garçon. Au fil des entretiens, les intervenants se rendent compte qu'il y a encore beaucoup à faire. Il apparaît très vite que les garçons et les filles ont tendance à adopter des stéréotypes véhiculés par les sites qu'ils peuvent consulter.

L'attitude de la gendarmerie s'améliore. Suite au Grenelle de la violence, des directives ont été données. La mise en place progressive de référents violence devrait faciliter le dépôt de plainte qui, encore trop souvent, est refusé du fait de l'absence de certificat médical ou de traces de blessures apparentes.  Cette dernière attitude nécessite alors l'intervention de l'association,

Chacun d'entre nous doit être sensibilisé à ces violences, apprendre à détecter dans son entourage les personnes qui en sont potentiellement victimes, ne pas hésiter à les aider, à prendre contact avec une association comme ACV2F ou même le signaler au 3919. Ce n'est pas de la délation, c'est un devoir citoyen.

Bernard Diot

 

1 place Brigade Carnot Saint-Vivien du Médoc 06 70 72 30 51 - assoacv2f@orange.fr

2 CCAS : Centre communal d’action sociale

3 MDSI : Maison départementale de la solidarité et de l’insertion