Psychologues sentinelles

Isolement, perte de relations sociales, pandémie, couvre-feu, confinement, précarité affectent la santé mentale des personnes vulnérables et peuvent les conduire au suicide.

 

Solitaire ou solitude?
Solitaire ou solitude?

En France, 10 000 personnes se donnent la mort chaque année : le bilan est accablant. De quels dispositifs disposons-nous pour répondre à cette situation ? En Nouvelle Aquitaine, « L'Association Rénovation  avec le soutien de l'Agence régionale de santé, a pour mission de piloter le dispositif de prévention du risque suicidaire. Celle-ci  s'inscrit dans une dynamique territoriale de santé publique. »

Ce dispositif repose sur cinq actions simultanées : La formation intervenants de première ligne dévolue à la prévention du risque suicidaire, ainsi que l'information grand public (Association  Rénovation),  la prévention récidive suicidaire par le Centre hospitalier Charles Perrens (Vigilans Suvaspsy), la prévention contagion suicidaire (programme Papageno*) et la ligne d'appel dédiée au suicide.

 

Un challenge

Ségoléne Brochard,  Doriane Mary, Amélie Zenner, jeunes psychologues cliniciennes, mais à l'expérience consolidée, œuvrent au sein de l'association à la mise en place de ce dispositif. Mettant à profit leurs expériences dans le milieu pénitentiaire, psychiatrique et de l’addictologie, elles ont la charge de proposer des formations de sensibilisation au repérage et à l'évaluation de la crise suicidaire et d'animer les réseaux locaux de prévention en  Gironde et dans les Landes. Deux objectifs leur sont assignés : formation de professionnels et sensibilisation grand public.

Nos interlocutrices  déclinent le dispositif de formation. Il se présente sous la forme de trois modules : sentinelles, évaluateurs, intervenants de crise.

«  La formation « sentinelle » s'adresse à un public de citoyens et professionnels dont la mission sera le repérage du malaise des personnes en souffrance.

Pour les « évaluateurs » dont la tâche sera de mesurer la « crise suicidaire », c'est la compétence de professionnels de santé et psychologues, hors psychiatrie qui est requise.

Enfin, celle « intervenants de crise » s'adresse aux professionnels de la psychiatrie et services d'urgence en situation de gérer les crises ».

 

Évaluer

Dispensées à quelques 200 personnes, tous modules confondus, ces interventions recueillent un taux de satisfaction au-delà de 90%. Ce qui est mis en exergue, c'est lors de ces sessions, la rencontre et la richesse des échanges entre professionnels œuvrant dans des secteurs différents ( Éducation nationale, établissements de soins, médico-social, banques, etc.) ainsi que la maitrise d'outils concrets, la déconstruction des mythes, l'importance de la verbalisation pour pallier le passage à l'acte. Ne pas juger, respecter la parole de l'autre, le travail en petits groupes y est apprécié, amenant la création de réseaux.

Ce dispositif permet un maillage territorial de services et compétences pour répondre aux problématiques suicidaires, aujourd'hui amplifiées par la pandémie.Le suicide n'est pas qu'un fait individuel, c'est aussi un « fait social » comme l'a analysé Durkheim ; un fait social qui emporte10 000 vies chaque année.

 

Encadré

*Dans l'opéra La flûte enchantée de W.A. Mozart, Papageno croit avoir perdu l'amour de sa bien-aimée. Désespéré, il pense en finir quand trois jeunes garçons lui conseillent :« Fais donc résonner les clochettes, tu verras ta femme apparaître », invitation à la vie.

Papageno est un programme national de prévention du suicide avec comme objectifs la prévention de la contagion suicidaire et un meilleur accès aux soins pour tous en mobilisant les médias et les nouvelles techniques d'information et de communication.

L'effet Papageno fait référence à une étude menée par l'Université médicale de Vienne en 2005.

Il existe une corrélation entre une augmentation du taux de suicide et la répétition et la description du même suicide dans les médias.

Ce programme était destiné aux écoles de journalisme pour former les journalistes à traiter ces sujets avec prudence, éviter les détails, rester discret sur les modes opératoires. Ceci afin d'atténuer les phénomènes de mimétisme.

 

 

Jean-Louis Deysson