D'abord être motivé

Des jeunes engagés dans le dispositif du service civique mis en place par l’État il y a six ans, témoignent de leur expérience dans trois structures de l’agglomération bordelaise.

 

 

 

 

 

 

Elodie, gestionnaire, responsable de caisse

2015 aux 16-25 ans (30 ans pour ceux en situation de handicap) de s’engager dans une mission citoyenne quel que soit leur profil, leur origine, leur parcours ou leur formation initiale. Seule la motivation compte.

 

Les structures accueillantes agréées par l’État, se doivent d’œuvrer en faveur de la cohésion nationale et de la solidarité. Ce peut être des associations, des ONG, des fondations, des fédérations, des services de l’État, des établissements publics ou des collectivités territoriales, en France ou à l’étranger. Les contrats sont d’une durée de six à douze mois. Ils sont accompagnés d’une indemnité fixe versée par l’État, complétée par l’organisme d’accueil (600 euros environ). Rencontre avec de jeunes volontaires dans trois structures différentes : La Recyclerie Sportive à Mérignac, l’EHPAD Terre-Nègre à Bordeaux et le Bureau d’information jeunesse de la ville de Mérignac. Chacune, chacun nous livre son ressenti, l’intérêt de son service civique et comment celui-ci s’intègre dans son cursus.

 

 

À la Recyclerie sportive : 

 

« une expérience valorisante »

 

Située au 215 avenue de la Marne à Mérignac, la Recyclerie sportive est un lieu de collecte, de tri, de co-réparation d’équipements et de matériels sportifs. Ici rien ne se perd. L’objectif poursuivi est triple : arriver à zéro déchet, permettre à tous de faire du sport en s’équipant à petit prix, prioriser l’emploi local et l’insertion professionnelle. Cinq tonnes de matériel par an y sont traitées. Thibault Labarre et Mathieu Salaberry responsables de la Recyclerie, travaillent de cœur avec des bénévoles et deux services civiques : Élodie et Vincent. L’ambiance est détendue, l’accueil chaleureux.

 

Après mûre réflexion, Élodie, 24 ans, a décidé d’abandonner ses études linguistiques et son « petit boulot » alimentaire d’hôtesse de caisse. La situation climatique et sanitaire lui ont fait ressentir dit-elle « le besoin de s’engager, d’être sur le terrain, de mettre en application les valeurs qui lui sont chères : préservation environnementale, solidarité, contacts humains. » Missionnée à la Recyclerie sportive comme gestionnaire responsable de caisse, elle s’y épanouit et y voit un avenir.

 

Vincent, informaticien de formation, avoue quant à lui avoir « un besoin de bouger, de partager. » Ce contrat de six mois, en rapport avec l’économie circulaire dans le domaine du sport, correspond à ses aspirations. Il lui apporte une expertise dans la réparation du matériel sportif et la commercialisation solidaire. C’est une expérience valorisante pour ses futurs projets qui sont : rentrer en Sciences et techniques des activités physiques et sportives  (STAPS) ou dans  la gendarmerie Nationale.

 

Ces jeunes en reconversion ont trouvé ici une aide précieuse auprès de Thibaut et Mathieu pour redéfinir leur projet de vie.

 

Coline souhaite créer une compagnie de théâtre, Léa se prépare au métier d'infirmière, Justine se sensibilise au handicap du grand âge

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À Terre-Nègre :

 

« elles apportent leur enthousiasme »

 

Tout près de la Barrière du Médoc à Bordeaux, le village de Terre-Nègre est le troisième plus grand EHPAD de France, le premier en Aquitaine. Il bénéficie d’un magnifique parc de 2 hectares. 400 résidents y séjournent. Pour maintenir une vie sociale, une équipe de quatre animateurs propose tout au long de l’année des activités diverses tant en interne qu’en externe (sorties, piscine, partenariat avec l’Opéra de Bordeaux etc…) Les contrats de service civique sont ici de 8 mois. 

 

Coline a 23 ans. Elle est titulaire d’une licence d’art et d’un master d’art de la scène. « Ce qui me plaît, raconte-t-elle, c’est de créer du lien entre les résidents, écouter l’histoire des aînées ». Cette expérience lui a fait découvrir la dimension sociale qu’elle pourra développer dans ses futurs projets professionnels en l’occurrence : monter une compagnie et créer un collectif (costumier, décorateur, metteur en scène comédiens...)

 

À 23 ans également, Anastasia, licenciée en psychologie, souhaite se diriger vers l’animation sociale. « Je me plais énormément ici, révèle-t-elle. Je suis très à l’aise avec les personnes âgées, j’apprécie ce contact humain intergénérationnel ». Ces quelques mois passés au sein de l’EHPAD la confortent dans le choix de son orientation.

 

En classe préparatoire au métier d’infirmière Léa, 20 ans a déjà une expérience au sein d’un service d’urgence et dans un service de cardiologie. « Être à Terre-Nègre va me permettre d’ajouter au geste purement technique, l’accompagnement psychologique à la personne. Je m’adapte à chaque public de résident. Quel sentiment de reconnaissance lorsque l’un deux vous sourit et vous remercie du moment passé ensemble. C’est gratifiant. »

 

Justine, 22 ans est déjà licenciée en psychologie, spécialisée dans la santé. Elle envisage de poursuivre ses études en vue d’obtenir un master en santé publique, promotion de la santé. « L’animation lutte contre l’isolement social des résidents, constate-t-elle. Elle aide à créer du lien entre eux. Lorsqu’on les promène en fauteuil roulant dans le parc, ils aiment raconter leur histoire de vie. » La sensibilisation à la solitude et le handicap du grand âge viennent compléter sa formation initiale.

 

Christophe Boéry, coordinateur animateur, et ses 3 collègues encadrent ces jeunes avec compétence, bienveillance, bonne humeur. « La présence de ces volontaires enrichit la vie sociale des résidents, permet de démultiplier les accompagnements lors des événements tant en interne qu’à l’extérieur de l’établissement. En sus, ils apportent leur enthousiasme, un regard nouveau sur les pratiques déjà en place. » À l’issue de leur contrat, l’ensemble des professionnels de la structure les accompagne dans l’élaboration de leur projet : rédaction des courriers, du C.V., simulation des entretiens avec le pôle ressources humaines, recherche des informations sur les filières professionnelles

Laure et Nelly Rivas, la coordonnatrice des missions de service civique, devant la Médiathèque de Mérignac

À Mérignac : « Un regard jeune et une analyse »

Situé au troisième étage de la médiathèque, le Bureau d’information jeunesse de la ville est un lieu d’accueil, d’information, de conseil et d’accompagnement aux projets pour tous les jeunes de 11 à 30 ans. Ici, les services civiques n’ont pas de poste défini. Nelly Rivas en est la coordinatrice.

À l’issue d’études littéraires, de danse, d’art plastique, un master en pratique artistique et action sociale, Laure 24 ans a créé sa marque de vêtements recyclés, laissant ainsi parler sa créativité. Recrutée en service civique pour sa spécialisation initiale, elle a tout d’abord animé des ateliers danse pour un public allant de la crèche aux seniors.

Après un temps d’échange avec Nelly, un service civique personnalisé mettant en valeur ses différentes compétences au cours d’ateliers jeunes, notamment pendant les vacances apprenantes, a pu être redéfini.

Ces ateliers ont pour thèmes : la sensibilisation au recyclage des tissus et le réemploi, la transformation, l’impression et la peinture sur différents textiles ainsi que les graffs sur des skates. Cette jeune volontaire participe également à l’Instance jeunesse qui permet de dialoguer et interagir avec les élus et les acteurs de la jeunesse. De sa rencontre avec les jeunes du quartier du Jard est ressortie la nécessité de créer un skate parc. 

« Cet engagement social va m’aider à concrétiser mes projets professionnels dans le recyclage des textiles mais aussi avec la création du skate parc au Jard, d’aider les jeunes du quartier à se réapproprier leur ville. »

Nelly Rivas souligne l’importance de ce dispositif qui est une manière de servir le public. « Laure apporte un regard jeune et une analyse sur ce que nous proposons et ce que nous pourrions faire. »

Les contrats sont en moyenne de sept mois. « Nous allons l’aider dans l’entreprenariat qu’elle souhaite : créer une zone de gratuité, dépôt, don, customisation sur l’espace jeune et dans les structures de quartier et aussi, installer un skate parc au stade du Jard. Nous allons également lui permettre de passer son BAFA, lui apporter une aide financière et un réseau. »

 

Ces témoignages confirment que le service civique laisse à chacun la possibilité de trouver la mission d’intérêt général qui lui permet de s’épanouir et, in fine, de confirmer ou redéfinir son parcours professionnel.

 

Jeanine Duguet