Visant l'impertinant
Nous avons rencontré Visant, illustrateur de presse qui, par ses caricatures, dénonce les travers de notre siècle.
Jeanine Duguet
Le rendez-vous étant fixé dans un pub qui lui est familier, nous découvrons notre illustrateur de presse, casquette écossaise enfoncée sur la tête, en train d’esquisser un dessin sur une tablette. Bien que d’origine bretonne, Vincent dit Visant a suivi des études de graphiste à l’École nationale supérieure des arts décoratifs de Paris. Puis, sous l’influence de ses amis qui le voyaient exécuter des caricatures lors des réunions entre copains, il se dirige vers le dessin de presse. S’en est suivie une première publication dans la revue Club et concerts, avec laquelle il collabore toujours. Curieux de nature il effectue en suivant, une formation pluri média orientée web ce qui lui permet de mélanger les différents supports dans le domaine de la création et de la production.
Être réactif
Actuellement free-lance, il collabore notamment au journal Sud Ouest, aux côtés de son ami Urbs. « Pour la presse, j’utilise la tablette », dit-il et il enchaîne : « Si un de mes dessins demande une modification, la rédaction peut me contacter n’importe quand, même en toute fin de soirée, il faut être très réactif. Si l’on est en sortie, je m’isole et en quelques minutes, le dessin modifié peut être envoyé directement à la rédaction qui est en plein bouclage ». Il a créé une bande dessinée, Kupoilu, inspirée par son chat dit de gouttière mais que « son égocentrisme fait sans aucun doute émarger dans la catégorie des chats vénérés ». La dernière version dictateur est un mélange d’Alexandre Legrand et de Kim Jong-Un. « C’est une bande dessinée au format strip1. Kupoilu est de ceux qui ne se laissent pas marcher sur les pattes. 112 pages de délicieuse maltraitance humaine » Engagé sur la question de la défense des droits des femmes, il publie en 2017 « 52 %, petites chroniques du sexisme ordinaire » : recueil de dessins militants au format dessins de presse, dont certains ont été utilisés pour des campagnes de l’association Osez le féminisme !
Droit à la caricature
Croquer sur le vif est un de ses jeux favoris, « ce sont à chaque fois des expériences inoubliables ». À cette fin, il collabore avec des troupes de théâtre ou de comédies musicales d’improvisation, comme Les Créants, intervient lors des journées de séminaires organisés par le Conseil régional ou des entreprises. Ses dessins sont alors projetés sur écran géant au moment de la pause.
Dans le cadre du CLEMI2, l'illustrateur sillonne de janvier à mai les routes de la région pour rencontrer les élèves des écoles primaires et des collèges. Lors de ces ateliers, en collaboration avec les enseignants, il défend la liberté de la presse et d’opinion à travers la caricature pour traiter de sujets divers comme le rapport au sacré, la laïcité, l’égalité garçons/filles, le réchauffement climatique… En fait, le dessin de presse devient le prétexte pour aborder des réflexions de fond sur des sujets d’actualité brûlante.
15 jours d'impertinence
Depuis plusieurs années, les collèges et les écoles primaires du centre du Haillan travaillent avec lui et le dessinateur Cami dans le cadre du festival Les cogitations ! Festival des arts moqueurs. Cet évènement organisé par la mairie se déroule pendant 15 jours à l’espace culturel l’Entrepôt. Dans ce cadre, les élèves exposent leurs caricatures auprès de celles des « talentueux scribouillards, Cami, Juin, Schvartz, Urbs, Visant : la liberté de ton et de parole sont les maîtres mots de cet événement » raconte Visant. Ce sont quinze jours d’impertinence, de bonne humeur, de dézingage, pendant lesquels ont lieu des rencontres, des conférences/débats, des spectacles, l’apéro quizz avec Cami, Juin, Shwartz, Urbs, Visant et même un concours d’écriture, d’histoires courtes lues à haute voix. Fait marquant : en 2025, pour cette huitième édition, l’équipe de Charlie Hebdo a animé une conférence/débat, 55 ans d’impertinences. On retrouve Visant également lors du festival de la BD d'Angoulême.
Il est difficile de vivre de ce métier. Son ami Urbs lui a laissé entendre qu’il fallait un certain nombre d’années d’exercice avant d’être publié sur les journaux nationaux. Malgré cette difficulté, passionné par son métier, Visant poursuit son chemin d’illustrateur de presse pour dénoncer à travers son humour plus ou moins grinçant les faits de notre société.
On peut le retrouver sur Facebook et Instagram
1 Un comic strip, ou simplement strip, est une bande dessinée de quelques cases disposées le plus souvent de manière horizontale. Ce nom provient de la juxtaposition des termes anglais comic (comique, amusant, drôle) et strip (bande, bandeau).
2 CLEMI : Centre de liaison de l’enseignement et des médias
L'Observatoire
Université du temps libre Bordeaux Métropole
Atelier de journalisme




