Un régal de l'esprit
Premier magazine culturel et touristique de la Nouvelle Aquitaine, Le Festin souhaite développer aujourd’hui des thèmes plus en prise avec l'air du temps.
Par Dominique Galopin
Magazine bordelais emblématique des pépites culturelles et artistiques de la région, Le Festin n’a cependant pas échappé aux difficultés financières qui ont amené sa reprise en 2024 par les éditions du Bord de l’Eau. Comme un symbole de renaissance, le premier numéro, nouvelle version, sorti au printemps 2024, portait le titre « Réparer les Vivants ». Mais les marqueurs d'origine semblent toujours présents. La typographie de la couverture se reconnaît, l’esprit fondateur d’articles de fond articulés autour de photos de qualité est identifiable, cependant l’approche de la thématique de la revue a fait un pas de côté.
L’inattendu sous le banal
« Aujourd’hui la ligne éditoriale est soucieuse de développer des thèmes en prise avec l’air du temps, explique Constance de Buor, rédactrice en chef du magazine. L’approche est plus thématisée. On cherche à montrer l’inattendu sous le banal ». Ainsi pour un dossier concernant Limoges, la porcelaine a été tue au profit de l’arrivée du jazz de Harlem il y a 100 ans, du fonctionnement de l’Opéra qui réemploie les décors et costumes de celui de Bordeaux et de l’histoire du mime Marceau qui s’y est réfugié pendant la Résistance. C'est d’ailleurs à Limoges qu'il a choisi son nom d'artiste.
L’un des numéros publiés en 2025, intitulé « Le Temps des métamorphoses », est parfaitement représentatif de la volonté de s’inscrire dans le temps présent et de trouver dans ces lieux qui mutent une empreinte de la société actuelle. On peut y lire la renaissance d’une rivière en Creuse, autrefois polluée par une station d’équarrissage, où serpentent désormais les truites fario et les salamandres. On y traite également de la reconversion du centre de tri de Bègles en Cité numérique, véritable référence en matière de digital en Nouvelle Aquitaine. La Cité rassemble aujourd’hui un millier de salariés dans des PME et start-up engagées dans la Tech. On peut aussi découvrir que la ville de Niort, le berceau des mutuelles d’assurances, peut s’apprécier sous l’angle esthétique représentatif du courant d’architecture contemporaine en béton typique des années 1970. Sans doute Le Festin consacre un peu moins d’articles à l’art pur, la sculpture, l’architecture, mais plus à des histoires de métamorphose, de réhabilitation. Pour la rédactrice en chef, « le patrimoine est une discipline vivante ».
Du nord au sud
Le Festin fait partie des magazines que l’on garde, avec ses reportages intemporels et ses invitations à prendre des chemins de traverse. Pour Lucie Mugnier, rédactrice en chef adjointe, « la qualité rédactionnelle doit permettre de rendre accessible et plaisant le récit plus ou moins pointu des journalistes spécialisés et des chercheurs », mission à laquelle elle s’emploie. Quant à l’illustration iconographique de la revue, l’œil averti de Constance de Buor qui a, auparavant, fondé dans les Landes, un centre d’art contemporain dédié à la photographie, permet quelques virages graphiques qui renouvellent la formule.
« L’une de nos préoccupations majeures, précise Lucie, est surtout d’intéresser tous nos lecteurs du nord au sud, dans une zone très étendue qui va des Pyrénées Atlantiques à la Vienne, tous doivent avoir envie de lire les chroniques ». Il faut garder l’idée « d’un bien commun, accessible, qui permet d’emmener le lecteur et de lui faire partager l’ambiance ». Sur les 140 pages que compose ce magazine, il y a systématiquement un article qui concerne chaque département. « Nos sources sont très riches, poursuit Lucie. Nous disposons d’une somme de plus de mille sujets répertoriés, certains n’aboutiront jamais, mais d’autres nous ouvrent des pistes. Nous sommes en contact constant avec les sociétés historiques locales, des chercheurs, des historiens et des géographes, des directeurs de musées tout autant que des journalistes régionaux ». Il est ainsi possible de construire la conception de futurs numéros : l’un sera concentré à la Nouvelle Aquitaine souterraine, ses endroits secrets, cachés ou un autre dédié au cinéma dans la région, ses lieux de tournage, ses formations. Qui peut savoir qu’il existe une école de formation pour les documentaires animaliers dans les Deux Sèvres ?
Tirée à 5 000 exemplaires, la revue est trimestrielle et bénéficie d’un bon maillage de diffusion, étant présente dans toutes les maisons de la presse, les kiosques, les librairies. On peut s'abonner également. Son prix est de 19 euros. « Notre premier point de vente est la gare Montparnasse », souligne Constance de Buor, qui voit là « un moyen de garder le lien avec les lecteurs qui viennent dans notre région sans en être originaires, mais qui y sont attachés. »
Encadré
Chronologiquement parlant
En genre littéraire, on peut dire que Le Festin appartient à la catégorie Beaux Livres. La revue a été créée en 1989 par Xavier Rosan, historien de l’art. L’idée d’origine était de mettre en valeur le patrimoine culturel et touristique de l’Aquitaine en faisant le lien entre les milieux avertis de la recherche et la communication et un vaste public. Soutenue par le Département, le ministère de la Culture et plusieurs collectivités, Le Festin n’a pas pu surmonter seul ses difficultés financières au point de déposer le bilan le 8 décembre 2023. Il a été repris par Le Bord de L’Eau, maison d’édition girondine spécialisée dans les sciences humaines. Jean-Luc Veyssy, le directeur, n’a repris que l’équipe éditoriale dont Constance de Buor et Lucie Mugnier, un graphiste et deux salariés pour la partie commerciale. Avec 1 200 titres à son catalogue, diffusés sur le territoire national, le Bord de L’Eau est une référence en région.
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