Une photo doit se lire
Le 7 juin 2025, Laurent Theillet est prêt pour réaliser un reportage lors du match championnat de rugby Top14 au stade Chaban-Delmas de Bordeaux
Passionné par la photo, Laurent Theillet en fait son métier. Il est recruté par Sud Ouest.
Par Roger Peuron
On retrouve le travail de Laurent Theillet dans Sud Ouest, il y signe très régulièrement des photos, en particulier dans les pages consacrées aux sports.
— Comment avez-vous découvert la photo de presse ?
— Laurent Theillet : J’ai commencé à m’intéresser à la photographie au lycée, quand un professeur nous l’a fait découvrir sous ses aspects techniques : l’optique et la chimie pour le développement des films et le tirage des photos. Intéressé, j’ai acheté mon premier appareil. Puis, j’ai entrepris des études de géographie à l’Université de Bordeaux. J’ai pratiqué le rugby à un bon niveau et continué la photo par passion. En 1989, avec mon frère jumeau, alors que nous sommes à Angoulême pour les vacances, nous sommes confrontés, vers 19 heures, à un fait divers avec des blessés. Lui écrit le texte et je prends les photos, nous confions le tout à 20 heures, à la rédaction locale de Sud Ouest. Ce fut mon premier reportage !
— Comment êtes-vous entré à Sud Ouest ?
— On me disait souvent : tes photos sont bonnes, si bien qu’un jour j’ai présenté mon travail au journal France-Soir qui me proposa un stage d’un mois pour réaliser plusieurs reportages, comme des photos de l’abbé Pierre et une photo pour la Une. J’ai sympathisé avec Philippe Bouvard, alors rédacteur en chef, qui me contacta plus tard pour travailler dans un journal d’entreprise. Je suis resté trois ans et demi à Paris, j’ai pigé également pour Libération, France-Soir, VSD… En 1992, le journal d’entreprise, qui assurait l’essentiel de mes revenus, a réduit son budget. Aussi, j’ai décidé de revenir à Angoulême. En janvier 1993, j’intervenais comme pigiste pour l’agence locale de Sud Ouest. Tout en continuant à travailler pour d’autres journaux. Des postes de photographe se sont libérés à Bayonne et à Bordeaux, j’ai postulé pour Bordeaux. Après des entretiens d’embauche rigoureux, j’ai été recruté en septembre 1998.
— Quelle est la nature de votre contrat ?
— Je suis salarié avec un contrat à durée indéterminée, comme journaliste, car un photographe est un journaliste au même titre qu’un rédacteur, qu’un éditorialiste ou qu’un dessinateur de presse. Ce statut est un réel bienfait. Lorsqu'après des années de pigiste sans congés et pendant lesquelles tout est à ta charge, tu n’as plus pour un reportage à te soucier de ton déplacement et de ton hébergement. Sans oublier le matériel photographique fourni qui est de haute qualité.
— Combien êtes-vous de photographes à Sud Ouest et comment sont choisis les reportages ?
— Le nombre de photographes a diminué sensiblement ces dernières années. Actuellement, nous sommes quinze en tout, dont cinq, y compris le chef de service, à Bordeaux.
Le choix des reportages à réaliser dépend de plusieurs paramètres : ceux liés à l’actualité et proposés par les rédactions, les souhaits de rédacteurs qui veulent explorer des sujets particuliers. Toutes les demandes sont analysées par le service photo qui y répond en fonction des photographes disponibles, sachant qu’il y a des choses incontournables. Il n’est pas question bien sûr de rater un match de l’Union Bordeaux-Bègles ou encore une manifestation liée au vin. Un photographe peut également proposer un sujet, dans ce cas le journal voit s’il est intéressant et met un rédacteur dans la boucle. Je me souviens d’avoir proposé un reportage sur la Ryder Cup, compétition internationale de golf qui avait lieu à Paris pour la première fois. Compte-tenu du nombre important de pratiquants dans la région, il a été accepté et j’ai pu me déplacer.
— Avez-vous des thèmes de prédilection ?
— Du fait de mon passé de sportif, j’aime les compétitions en général. J’ai couvert plusieurs coupes du monde de rugby par exemple. J’aime aussi aller vers les gens et m’adapter au milieu que je découvre. Je n’ai pas la même approche quand je fais un reportage sur une fête locale ou quand je couvre un camp de Roms. J’aime également m’engager physiquement, comme lorsque j’assiste au départ d’une course au large. Souvent j’embarque sur un bateau accompagnateur, ça tape fort, il y a de l’eau, du vent, c’est compliqué. Depuis cette position pas ordinaire, j’arrive à réaliser des photos « extra ordinaires » qui ne seront pas faites par tout le monde
— Lors d’un reportage, êtes-vous accompagné d’un rédacteur ?
— Il n’y pas de règle absolue. Par exemple, pour le rugby, je n’ai pas besoin d’être en relation avec un rédacteur, car je sais que mes photos vont coller à son papier. Dans d’autres cas, je demande au rédacteur quel est son choix, son angle d’attaque, afin que mes photos soient en cohérence. Comme dans tous les métiers il y a des duos qui fonctionnent plus ou moins bien. Pour la voile par exemple, je travaille avec Patrick Favier, depuis des années, sur la Route du rhum, la Transat ou encore le Vendée globe… nous discutons beaucoup, nous préparons les reportages, c’est un vrai travail collectif. En revanche, il y a des rédacteurs plus indépendants qui travaillent de leur côté ce qui t’amènent à faire de même. J’ai à cœur de bien préparer un sujet au préalable en consultant par exemple les archives, d’autant plus qu’il m’est moins familier, afin d’imaginer ce que je vais vouloir faire passer comme message dans mes photos, je pratique comme un journaliste.
— Sur Facebook, on découvre des photos que vous avez prises à l’intérieur de l’Airbus Zéro-G ?
— Depuis une dizaine d’années, Novespace, le propriétaire de l’avion, a lancé des vols commerciaux, chaque participant payant sa place. Ils m’ont contacté pour que je prenne des photos. Pour que les choses soient claires par rapport à Sud Ouest, je me suis fait autoentrepreneur et je réalise ces photos pendant mes congés, ce que permet mon statut.
Ceux qui participent à ces vols, découvrent la sensation de voler, pendant la succession de phases d’apesanteur de 21 secondes. Ils s’amusent comme des enfants ! En descendant de l’avion, ils s’en souviendront longtemps et j’ai à cœur de leur fournir des photos prises dans cet environnement exceptionnel, aussi bien pour eux que pour moi.
— Dans toutes les photos à votre actif, vous souvenez-vous de l’une en particulier ?
— Je me souviens d’une photo, la seule qui m’a fait pleurer lorsque je l’ai prise. C’était lors de l’inauguration d’une plaque souvenir à l’endroit où Federico Martin Aramburu, l’ancien rugbyman argentin, est mort assassiné en mars 2022 à Paris. Tout le drame de cette famille est dans cette photo, un père effondré, une femme et un enfant sans père qui désigne son grand-père comme pour lui dire : « Je suis là et on va s’en sortir. »
— Comment qualifiez-vous votre travail ?
—J’ai un cadre de vie très agréable, je suis employé par un journal qui me permet de prendre des photos variées : rencontres sportives, portraits, faits divers…
Mon travail est de mettre en valeur un article pour qu’il soit lu. Car la photo ce n’est pas uniquement une image, c’est avant tout ce qu’elle contient, son sens. Pour y parvenir, il faut avoir l’esprit de synthèse, la connaissance du sujet. Une photo se lit au même titre qu’un texte.
Sud Ouest
Par sa diffusion, il est le deuxième quotidien régional français avec une diffusion totale de 219 000 exemplaires, derrière Ouest-France qui diffuse 780 000 exemplaires. Principal quotidien du Sud-Ouest de la France, ses dix éditions sont diffusées dans sept départements de la région Nouvelle-Aquitaine Charente, Charente-Maritime, Dordogne, Gironde, Landes, Lot-et-Garonne et Pyrénées-Atlantiques.
Plus de la moitié de ses 250 journalistes (rédacteurs et photographes) travaillent dans plus d’une vingtaine d’agences implantées dans les principales villes de la région. Ils sont aidés par un réseau de 600 correspondants locaux qui collectent les informations de proximité.
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