Radio campus sur le toit de l'Université

 

Par Floréal DANIEL

Depuis plus de trente ans, Radio Campus Bordeaux donne, la voix à des collégiens, lycéens, étudiants ou retraités dans un laboratoire pédagogique atypique au sein de l’université.

 

Les années 80 ont vu la libération de ce qu’on appelait les « radios libres » héritières des « radios pirates ». De cette vague d’ondes ont émergé les radios associatives. Beaucoup d’entre elles ont disparu. Radio Campus Bordeaux (88.1), créée en 1992 est bien vivante et maintient son cap.

La station est implantée dans une sorte de cabane en bois, placée singulièrement en porte à faux sur le toit de la Maison des Arts, au cœur du campus de l’Université Bordeaux Montaigne. En 2026, la station disposera pour les émissions du lundi, d’un local au pôle de vie étudiant Station Marne de l’Université de Bordeaux afin d’inciter les étudiants du Campus Victoire à participer aux activités de la station.

 

Laboratoire pédagogique

Sur la porte du studio, comme une image protectrice, est affichée une photo de Philippe Rouyer, créateur et figure tutélaire de la station dont il a animé pendant 30 ans (1991-2022) la plus ancienne de ses émissions, Au Pays du Théâtre.

Radio Campus a un mode de fonctionnement collaboratif, qui repose en grande partie sur le bénévolat. Car Radio Campus est un laboratoire. En effet, la radio accueille 70 à 80 bénévoles par an. Ils ont de 14 à 80 ans. Leur doyenne, Arlette, 83 ans tient la revue de presse tous les vendredis à midi. Passionnée de littérature, elle animait des chroniques littéraires. Il y a quelques années, elle avait créé Les esperluettes, café débat à la bibliothèque de Mériadeck. Nicolas Loubère, lui-même, a été un de ces bénévoles avant d’en devenir le responsable d’antenne. De 2001 à 2010, il animait l’émission hebdomadaire Asian Connection sur les cultures asiatiques à travers le cinéma, la littérature, les mangas et les animés, la musique et les jeux vidéo.

Nicolas Loubère insiste sur sa mission de passeur : « Je donne aussi des cours en deuxième année de licence CHS (Culture humaniste et scientifique), autour de la radio. »

 

Toutes les musiques

La grille des programmes se partage entre information et musique. Une partie importante est consacrée aux revues de presse, à des interviews de chercheurs, à la vulgarisation scientifique, aux informations pratiques sur la vie de l’Université (vie sportive, rentrée des universités...). Chaque jour, une programmation musicale originale est préparée par Ghislain Fernand, le programmateur. Tous les genres musicaux sont représentés, hip-hop, électro, jazz, blues, rock, reggae, folk, classique, etc.

« On ne connaît pas le volume de notre audience parce que nous n’avons pas les moyens de nous offrir un sondage audiométrique, précise Rémy Chapoulie, président de Radio Campus. On se fonde sur les statistiques trouvées dans Google ou sur le Web. La radio fonctionne surtout par le bouche-à-oreille. »[1].

Grâce au renfort des bénévoles, Radio Campus qui entretient un lien fort, notamment avec Cap Sciences à Bordeaux, peut relayer un certain nombre d’opérations comme la Nuit des chercheurs, mais aussi le Festival du film historique, le Bacchanight nocturne proposée par les étudiants au Musée des Beaux-Arts de Bordeaux (deux heures dans le musée, en mars/avril), les Tribunes de la presse[2] en novembre, événement organisé par la région.

C’est aussi un atelier radio, d’éducation aux médias où les lycéens peuvent interviewer des personnalités (journalistes, chefs d’entreprises...) ; en décembre, le dernier vendredi avant les vacances de Noël, à partir de midi et jusqu’au samedi à midi) Radio Campus organisera, par exemple, le Marathon Radio Campus au cours duquel se relaieront des apprentis animateurs pour 24 heures de direct non-stop ! 24 émissions en direct au micro. Des étudiants ou retraités bénévoles pourront parler de sport, de cinéma, de jeux vidéo, de musique...

 

Question de survie

Association loi 1901, Radio Campus vit sans publicité et avec l’ambition de proposer une programmation alternative. Elle dépend pour moitié des subventions des Universités et pour moitié du FSER (Fonds de soutien à l'expression radiophonique). Grâce à ces aides, Radio Campus Bordeaux assure l’emploi de quatre permanents, Nicolas, responsable d’antenne, Ghislain, responsable de la programmation musicale depuis 2000, Léo Elbaz, animateur et Mélissa Mourroux, doctorante en Sciences de l'information et de la communication[3] qui anime depuis trois ans des émissions quotidiennes orientées sur l’actualité, la vie locale culturelle et universitaire.

La survie de Radio Campus dépend donc des accords signés avec ses partenaires. Or la loi de finances de 2026, prévoit une baisse de 44 % des subventions du FSER, ce qui pourrait remettre en question la survie de la station. Toutefois, Rémy Chapoulie se veut optimiste : « À court terme, Radio Campus est à l’abri de cette baisse des subventions dont les associations pâtissent ces dernières années car les dispositions financières de notre station sont établies par des conventions de trois ans. »

D’une manière générale, la radio continue de prospérer en 2025. Elle est au cœur de la liberté et du lien social et reste un média résilient et adaptable qui touche les publics là où ils se trouvent.

 

Le fonds de soutien à l'expression radiophonique (FSER), créé en 1982, permet à plus de 770 radios locales en France de mener à bien leur mission de communication sociale de proximité auprès des territoires. La baisse annoncée de 16 millions d’euros du FSER[4], soit - 44 % du budget, pourrait entraîner la disparition de plus de la moitié des radios associatives et menacer près de 80 % des emplois du secteur, soit environ 2 400 postes directs et indirects. « Le FSER n’est pas une subvention, c’est une garantie démocratique », affirme le Syndicat national des radios libres[5]. En 2024, après des alertes similaires et la menace d’une baisse du budget, le gouvernement avait finalement fait machine arrière.

À l’échelon local, outre Radio Campus, plusieurs radios associatives sont concernées par la baisse annoncée des subventions, comme O2 à Cenon, RIG à Blanquefort, La clé des ondes à Bordeaux, mais aussi plage FM à Arcachon, REM radio...

 



[1] Auditoire internet plus de 4 000 fans de Facebook ; cœur de cible : 20-35 ans.

[2] Du 25 au 29 novembre 2025. Cette année : L’affaire Trump.

[3] Sujet de thèse : Le rôle des médias dans l’élection Présidentielle Américaine de 2020. Étude d’une couverture médiatique politique à travers le prisme de la peur.

Mélissa Mourroux, doctorante, à l'antenne de Radio Campus et Radio Campus:  Grostick