Édito
On a sans doute célébré un peu vite la naissance du « village global ». Théorisé par Marshall McLuhan dans les années 1960, ce concept décrivait un monde uni par la circulation des informations via les médias de masse et les nouvelles technologies. L’idée d’une planète rendue fraternelle grâce à cette interconnexion a nourri beaucoup d’espoirs. Pourtant, ces rêves se sont trouvés fragilisés, en grande partie à cause de manipulations conscientes ou inconscientes de certains acteurs. Après avoir cru en des campagnes mondiales pour de grandes causes, le populisme a pris le pas, instaurant simplisme, manipulation, complotisme et haine, fracturant une humanité plus facile à diviser qu’à rassembler.
Les fausses informations ou fake news ne sont pas nées d’hier. Historien de la rumeur, entre autres qualités, Jean-Noël Kapferer a démonté, il y a presque quarante ans, le processus qui peut collectivement nous amener à croire les pires inepties. On se souvient de fausses accusations nourries par l’antisémitisme ou d’anecdotes invraisemblables relayées à moment donné comme vérités : de prétendus enlèvements de jeunettes dans des boutiques de mode à Orléans au Canadair qui aurait avalé un nageur pendant ses écopages jusqu’à cette légende locale en Périgord à propos d’écologistes lâchant des vipères depuis un hélicoptère. Autant de colportages nourrissant quelques haines et pris comme argent comptant par des esprits réceptifs.
Chaque année, au fur et à mesure que s’approche Noël, revient d’ailleurs, au premier plan, le mythe d’un certain bonhomme barbu vêtu de rouge, la hotte chargée d’étrennes. Cette fable prouvera aux enfants arrivés à l’âge de raison que, sous prétexte de ne pas toucher à la prétendue magie de Noël, les parents, grands-parents, oncles, tantes, parrains, marraines etc. sont de sacrés menteurs.
L’Observatoire, à sa mesure, s’inscrit dans la galaxie complexe de l’information locale. En restant dans son écosystème girondin, il revendique un rôle de relais de l’actualité vérifiée, à une époque où la presse imprimée recule et où les messages instantanés et non avérés prolifèrent. La vocation journalistique ne s’improvise pas : il ne suffit pas de diffuser une séquence « x », prise avec un smartphone pour être crédible. Le métier de journaliste repose sur l’honnêteté, les faits sourcés, la confrontation des points de vue et l’éthique du recul. Cette qualité de journaliste, défroquée par des bateleurs télévisuels qui ne connaissent que la parlotte en se revendiquant d’un prétendu bon sens qui parle au peuple, ne s’obtient que sous conditions : l’honnêteté, l’appui sur des faits et/ou des sources fiables, le croisement des regards, le rejet du parti-pris haineux, la mise à distance, autant de principes auxquels tournent le dos certains boutefeux du village planétaire. Sans être pessimiste, on ne peut pas affirmer aujourd’hui que la lutte est égale. L’avenir dira si la vieille démocratie française, tellement dépendante de l’information qui lui est délivrée, saura effectuer le tri entre le vrai et le faux. Et redonner à la parole publique son exigence de rigueur afin que, chacune, chacun d’entre nous, acteur de ce village global, sache redonner à la parole ce qu’elle a perdu : le goût du vrai.
Jean-Paul Taillardas
L'Observatoire
Université du temps libre Bordeaux Métropole
Atelier de journalisme

