L'aube des temps

Les habits dont se revêtent les célébrants ont une histoire et une symbolique. Ainsi, les couleurs des chasubles et étoles portés sur l’aube varient selon les temps liturgiques.

Fidèles ou incroyants, nous avons tous, à un moment ou à un autre, assisté à une messe. Les vêtements liturgiques du célébrant ont pu nous interpeller. L'Observatoire a organisé une rencontre avec Samuel Volta, vicaire général du diocèse de Bordeaux, afin de mieux décrypter le message que ces vêtements nous transmettent.

L’Observatoire : Quelle est l’histoire des vêtements liturgiques ?

Samuel Volta : Ils sont hérités de la foi juive et chrétienne. Les premiers habits étaient de simples vêtements de tous les jours. Par exemple, la chasuble était le manteau courant en lin blanc porté à l'époque romaine. C'est sous Constantin 1er (280-337) que sont établies les premières règles. Elles évoluent ensuite avec Innocent III qui lors du concile de Trente (1545-1563) déterminera leurs couleurs suivant les moments de l'année. Au cours de leur histoire, un effet de mode ne pourra pas être évité et ce sont des habits luxueux qui apparaîtront au XVIIIe siècle, rendus difficilement portables pas l'accumulation d'accessoires. Le concile Vatican II ( 1962-1065) invitera à « la noble simplicité ». Il instaurera une simplification et la disparition d’éléments décoratifs tels que la dentelle des aubes. 

De quoi se compose la tenue ?

— Pour la messe, elle se compose de trois éléments. Il y a d'abord l'aube, tenue commune à tous les célébrants qui est une sorte de grande robe ample blanche. Ensuite vient l'étole, sorte d'écharpe, qui représente le joug de la charge pastorale. Elle est portée sous la chasuble qui est en forme de poncho et dont la couleur est spécifique à la célébration ou au temps liturgique. Pour les cérémonies sans messe comme, par exemple, les bénédictions, la chasuble est remplacée par une grande cape appelée chape. La dalmatique, tunique courte avec manches, est propre au diacre1 qui est la personne qui assiste le célébrant pendant la messe. Elle est portée sur l'aube à la place de la chasuble. L'étole de la même couleur que celle du prêtre est alors portée en bandoulière. 

Quels symbolismes se rattachent aux couleurs ?

— Les couleurs des chasubles sont différentes, essentiellement en fonction du temps liturgique. Le blanc ou le doré, couleurs associées à la lumière, la pureté et à la perfection sont réservées aux célébrations festives comme Noël, Pâques, mais aussi aux baptêmes et aux mariages. Le vert symbolise l'espérance voire le renouveau et correspond à ce qui est appelé « Le temps ordinaire »2. Le rouge rappelle le sang versé par le Christ et les martyrs. Il est porté pour la fête de l'Esprit-Saint (Pentecôte) et en souvenir de Saint-Pierre ou Saint-Paul. Le violet est dédié aux temps pénitentiels, le Carême et l'Avent, et très souvent utilisé pour les funérailles au cours desquelles le célébrant peut aussi utiliser la couleur noire. Le rose est réservé à deux dimanches particuliers, le troisième dimanche de l'Avent et le quatrième du Carême.

Il peut exister des particularismes locaux comme au Portugal où le bleu clair, couleur de la Vierge Marie, est parfois utilisé lors des cérémonies religieuses. 

Comment ces vêtements sont-ils réalisés ?

— Ils viennent de plusieurs endroits. Certains proviennent des pays de l'Est européen et principalement de Pologne où des usines textiles les fabriquent à bas coût mais la qualité n'est pas toujours au rendez-vous. L'autre source, c'est celle des monastères où des religieuses les brodent à la main ; mais les prix peuvent être très élevés. Certains magnifiques vêtements, réalisés au XIXe siècle ont gardé tout leur éclat et peuvent parfaitement servir lors de célébrations. L’église Notre-Dame à Bordeaux en possède une belle collection.

Les paroisses se dotent d'un jeu complet, les prêtres peuvent s'acheter leurs tenues et elles font souvent l'objet de cadeau le jour de leur ordination.

Bernard Diot 

1Diacre : ce terme vient du grec qui signifie serviteur.

2 Temps ordinaire : période obtenue en retranchant les temps forts que sont l'Avent et Noël d'une part, le Carême et Pâques d'autre part.