Les coulisses d'un théâtre vivant
Vue panoramique de la salle du théâtre Trianon (photo Théatre Trianon)
Par Thierry Lavigne
Les théâtres Molière et Trianon, sont de véritables écosystèmes, les pièces y sont produites à 100 % par des artistes et des artisans du spectacle. Démonstration.
De l’émergence de l’idée d’une pièce de théâtre jusqu’au baisser final de rideau, des familles de métiers s’activent et interagissent en coulisse pour donner corps au spectacle et assurer son succès. Ainsi à Bordeaux au Molière et au Trianon.
Dans la création et la production d’une pièce de théâtre intervient un personnage clé, le metteur en scène. Dans ce métier, affirme ainsi Xavier Viton, « on maîtrise l’œuvre et les comédiens. On part d’une idée, de la page blanche. La première chose à laquelle je pense c’est à la faisabilité technique dans nos deux théâtres, à toutes les contraintes qui poussent à s’améliorer. Mais je ne me censure pas sur l’idée générale de la pièce, j’ai en tête le canevas, la colonne vertébrale ». Il écrit ensuite le scénario avec les dialogues en séquençant les scènes. Lors des répétitions, les impératifs techniques relevés par la régisseuse, et la durée de la pièce en est un, imposent au metteur en scène de faire des coupures jusqu’à obtenir « l’huile essentielle de la pièce ».
Le choix des comédiens est exigeant en termes de professionnalisme attendu. Mais, souligne aussitôt Xavier Viton, « on accueille avec beaucoup d’empathie et de respect les personnes qui viennent auditionner pour jouer car ce sont les artistes qui constituent le cœur du réacteur d’un théâtre. C’est l’artistique, ce qui se passe sur le plateau ! ».
Décor son et lumière
Le casting achevé, il faut travailler à « l’emballage » de la pièce, à son esthétique : le décor et les costumes. L’associé de Xavier Viton, le scénographe Nicolas Delas prend alors le relais. Chargé de l’esthétique du spectacle, il crée et propose au metteur en scène une maquette du décor à l’échelle ainsi qu’une planche « costume » pour tous les personnages. Lorsque le projet est validé, le scénographe, véritable architecte, établit les plans techniques du décor et des costumes qui seront réalisés à l’atelier du théâtre, sous la responsabilité d’un professionnel, le chef d’atelier. Le décor et les costumes achevés sont ensuite livrés au théâtre. Pendant la dizaine de jours qui précèdent la « première » et jusqu’au terme de la programmation de la pièce, toute la logistique du montage du décor, de la lumière et du son, est placée sous la responsabilité de la régisseuse générale, personnage clé de la réalisation technique du spectacle. L’éclairage est essentiel et suppose la maîtrise du « plan de feu », un dispositif fixe utilisé dans l’éclairage scénique (disposition, orientation, réglage et colorimétrie des projecteurs). Ce dispositif est complété par des éléments spécifiques installés pour chaque représentation en fonction des effets spéciaux programmés (petits projecteurs mobiles, machines à fumer, machines à bulles, vidéos...). Le cintre, qui est la partie haute du cadre de la scène invisible du public, permet de stocker des éléments de décor qui seront chargés pour chaque tableau pendant un spectacle. Pour sa pièce « ma femme peut en cacher une autre » produite actuellement au théâtre Molière, Xavier Viton a fait le choix d’un décor sur roulettes que les comédiens tournent « à vue » pendant la transition de la pièce pour disposer d’un second tableau. C’est une surprise pour les spectateurs qui assistent visuellement à la métamorphose du tableau sans que le rideau ne se ferme.
Communication et accueil
A côté de la dimension création/production artistique, il y a la dimension administrative et logistique qui relève de la compétence du directeur de production, Guillaume Touraine. Son métier est de tout regarder, tout savoir et savoir tout ce qui se passe. « Je dirige une équipe de techniciens professionnels tous intermittents du spectacle, je dois savoir combien d’heures va travailler telle personne sur tel spectacle, il faut que je sache que tel spectacle a fait l’objet d’une bonne communication. Je regarde les jauges et la billetterie en permanence. On touche un public du type « qu’est-ce qu’on fait ce soir, dans la semaine ou le week-end prochain ? ». « Notre public n’achète plus ses places six mois à l’avance mais au dernier moment ».
Il faut remplir la salle et, pour y parvenir, mener une politique fluide et fiable de communication et d’accueil du public. En la matière, si l’internet est essentiel, le bouche à oreille est considéré ici comme la meilleure publicité. Les fonctionnalités du système de billetterie doivent être au top au regard des multiples sites de vente qui impliquent une grande réactivité. En effet, les deux théâtres sont ouverts au public tous les soirs du mardi au samedi, avec deux séances en hiver le vendredi et le samedi. Cela signifie environ 500 levers de rideaux par an à gérer.
Comme le dit Guillaume Touraine, « Mon travail c’est un plaisir, mais aussi beaucoup de stress : on est garant de quarante fiches de paie à la fin du mois ; on débute dans le négatif et on doit trouver les spectateurs qui nous rémunèrent. Notre travail à tous c’est qu’à partir du moment où le spectateur a fait le choix de venir chez nous il doit être remercié, en étant accueilli de façon irréprochable pour un spectacle irréprochable en termes de réalisation. On ne vit que par l’honneur que nous fait le public, celui d’acheter une place de spectacle. C’est cela qui nous fait vivre ».
Un métier très archaïque
Les associés ont décidé après le COVID de programmer au Trianon outre leur propre production, des productions extérieures sous toutes les formes d’expression autres que théâtrales, compatibles avec le lieu. C’est le cas du one man show et du stand up. L’espace est loué à des artistes qui ont leurs abonnés sur les réseaux sociaux. Le public est jeune et met souvent les pieds pour la première fois dans un théâtre. Une source de spectateurs potentiels pour les spectacles qui sont produits dans ce lieu. Le directeur de production s’emploie à accompagner ces artistes jusqu’au bout pour que leur spectacle soit un succès et contribue à une bonne visibilité du Trianon auprès des jeunes publics.
Xavier Viton se plaît à le dire, « notre métier est très archaïque depuis la Grèce antique. Le théâtre c’est des gens qui jouent devant des gens qui regardent et c’est pour ça que nous sommes encore présents. C’est notre chance : aucun modernisme ne peut enlever cette simplicité qui est que des gens regardent des gens qui jouent au même moment en même temps dans le même lieu, dans une salle noire ».
Confirmation que les théâtres Molière et Trianon demeurent des lieux de création au service de la magie intemporelle du théâtre.
Encadré :
Xavier Viton a créé en 2006 le café-théâtre des Beaux-Arts, puis le théâtre Victoire en 2010. Il a ensuite cédé ces deux théâtres pour devenir exploitant du Trianon en 2012 et du Molière en 2019. Chanteur lyrique pendant 15 ans, il a glissé vers le métier de comédien puis de metteur en scène (il a créé à ce jour plus de cent mises en scène). Il est aussi auteur de romans et de pièces de théâtre qu’il produit aux Molière et Trianon.
Le scénographe Nicolas Delas, associé, est également auteur. Il a écrit, mis en scène et réalisé la pièce « Una hora con Frida Kahlo » actuellement programmée au théâtre Molière.
Le directeur de production, Guillaume Touraine, associé, est un professionnel qui dispose d’une formation en communication et en administration culturelle et travaille depuis 20 ans auprès de Xavier Viton.
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