Quelque chose de Tennessee
Le mariage de Figaro de Molière et Johnny Halliday qui a chanté Quelque chose de Tennessee, chanson de Michel Berger
Par Claude Mazhoud
Entre spectacle et littérature le, le théâtre est un art vivant, ses intrigues, ses répliques, ses dialogues reflètent bien souvent des pans entiers de l’existence.
Claude Mazhoud
Le voyageur sans bagage trouve refuge à l’Hôtel du libre-échange où la Mort d’un commis-voyageur fit jadis la Une des journaux. Ce soir, c’est la cérémonie des Molière, Rodrigue baille déjà aux corneilles, il n’a pas envie de prendre racine devant la télé. Il termine son assiette de jambon Serrano arrosée d’un solide Bergerac quand à la radio, la puissante voix de Sting du groupe The Police troue la nuit avec Roxane.
Ses pensées vagabondent.
Les yeux de Chimène
Rodrigue est comédien et passionné de théâtre, il a fait la connaissance de Marianne au Mariage de Figaro. Elle a tout de suite posé les yeux de Chimène sur lui, À quoi rêvent les jeunes filles ? Au jeu de l’amour et du hasard. Marianne, c’est Labiche dans toute sa grâce et sa fraîcheur, comment ne pas embarquer dans Un tramway nommé désir avec cette Chatte sur un toit brulant ? Cette fille a Quelque chose de Tennessee.
Mais Marianne a Des parents terribles, ils l’ont contrainte à entrer à l’École des femmes où l’on fabrique des Femmes savantes voire des Précieuses ridicules. Même son frère qui ne rêvait que du TNP[1] et de Jean Vilar est désormais un Médecin malgré lui à la clinique Jean Villar.
Une jolie bague en Topaze a consacré l’union des jeunes gens. Pour leur mariage, Godot et son éternel Chapeau de paille d’Italie était le témoin de Rodrigue.
Hélas Les caprices de Marianne altèrent rapidement la vie du couple, elle se métamorphose peu à peu en Mégère apprivoisée. Pire, Godot lui a mis La puce à l’oreille, il serait un Cocu magnifique et Le dindon de la farce. Avec Rodrigue On ne badine pas avec l’amour ; n’a-t-il pas résisté aux insistantes avances de La dame de chez Maxim’s !
Il n’est pas avare, n’a pas Les mains sales, Marianne n’a jamais eu Un fil à la patte, la jalousie du comédien n’a jamais atteint celle d’Othello. Pour Rodrigue, L’important c’est d’être constant, après Un huis clos tendu, au Partage de midi, il est parti.
Le songe d’une nuit d’été
Pour oublier, Rodrigue a marché, marché, mais il a Beaumarchais, il ne fait qu’alourdir ses pensées du poids de ses chaussures or il n’a pas Le soulier de satin et il redoute les fourberies d’escarpin. Ses pas l’ont conduit jusqu’à L’hôtel du libre-échange. Quand il gagne sa chambre, le sommeil s’est emparé du Voyageur sans bagages. C’est alors que La machine infernale s’est mise en branle, surgi de nulle part, un énorme Rhinocéros le charge furieusement. Un aigle à deux têtes exécute un piqué foudroyant sur lui. Une Mouette le survole sournoisement alors que des Mouches le recouvrent. Les sardoniques ricanements d’Ionesco et de Sartre, tapis dans l’ombre, le glacent. Soudain, l’étrange mélopée d’une Cantatrice chauve s’élève dans la pièce, rythmée par les incantations des Sorcières de Salem.
Rodrigue se réveille en sursaut et en sueur, il s’interroge, Le commis voyageur a-t-il vécu pareil délire ? C’était aussi pendant l’horreur d’une profonde nuit, non, décidemment L’enfer ce n’est pas les autres. Mais que diable allait-il faire dans cette galère ?
Il est midi Rodrigue n’a rien du Misanthrope, il éprouve le besoin d’entendre une voix humaine, ce sera celle de son grand copain qui doit le rejoindre, lui au moins n’est pas un Tartuffe. Rodrigue se sert un dernier verre de ce bon vieux Bergerac, un Cyrano ! En attendant Godot.
[1] TNP : Théâtre national populaire
L'Observatoire
Université du temps libre Bordeaux Métropole
Atelier de journalisme



