Promotion théâtre

La classe préparatoire créée en 2018 au sein de l’École supérieure d’art dramatique du Théâtre National Bordeaux Aquitaine (TNBA) est un tremplin pour de futurs comédiens.

Par Monique Etchebeheïty

 

 

Yanis, Yuna, Noémie, Lou, Nominoë, sont assis, silencieux, concentrés, le regard fixé sur l’espace de jeu. Aujourd’hui c’est au tour de trois de leurs camarades de présenter leur travail. Ces huit apprentis comédiens font partie de la troisième promotion de la classe préparatoire de l’école du TNBA dite classe égalité. Léo Paul et Adélaïde se donnent la réplique dans une scène tirée de la pièce de Jean-François Sivadier Portrait de famille, une histoire des Atrides. Léo-Paul se jette aux pieds d’Adélaïde. « Un peu moins fougueux, un peu plus intériorisé ». Attentifs aux remarques de Bess Davies, leur professeur d’interprétation, ils se séparent, se rejoignent à nouveau puis recommencent jusqu’à trouver le ton juste. « Voilà, c’est bien ». Ilan, seul sur le plateau, donne corps à un personnage inquiétant venu de nulle part sur un texte d’Emmanuel Darley Qui va là ?. Il fait et refait son entrée, ajuste ses déplacements, nuance une intonation. On y est, on y croit. Le travail progresse sous le regard du professeur et des autres élèves.

 

Une formation ouverte à tous

Destinée à des jeunes éloignés de l’offre culturelle pour des raisons sociales, économiques ou territoriales, la classe égalité a pour double objectif de les accompagner dans la découverte du métier de comédien et de les aider à présenter les concours d’entrée aux écoles nationales d’art dramatique. La formation qui se déroule sur deux ans est gratuite. De plus l’école prend en charge tous les frais - droits d’inscription, transports et hébergements – liés aux concours. Les candidats doivent être âgés de 18 à 24 ans, domiciliés en Région Nouvelle-Aquitaine, être boursiers et avoir un intérêt fort pour la pratique théâtrale. Clémentine Polo, coordinatrice de la formation, précise que le choix des huit élèves pour chaque promotion se fait d’abord sur validation d’un dossier administratif et visualisation d’une vidéo de présentation puis dans un second temps au cours d’un stage pratique pour le premier groupe sélectionné. 

Une immersion totale

Les apprentis-comédiens de la promotion 2025-2026 ne regrettent pas d’avoir saisi cette opportunité et ne boudent pas leur plaisir. « On dispose de l’espace immense de l’école, le foyer, la bibliothèque », « tous nos frais de formation sont pris en charge, même nos repas le midi » « On a un super accompagnement y compris sur le plan administratif ; Clémentine est toujours là pour nous », « on est totalement en confiance », « les profs sont géniaux ». L’équipe pédagogique constituée d’enseignants et de comédiens professionnels a pour mission d’amener les élèves à acquérir des outils essentiels pour développer leur jeu afin de les rendre autonomes, responsables et inventifs, aptes à affirmer leur singularité. Aux 24 heures hebdomadaires consacrées aux cours d’interprétation, de technique vocale et de travail sur le corps s’ajoutent des stages de découverte de différentes approches théâtrales animés par des intervenants extérieurs. La spécificité de l’école, l’une des cinq en France intégrée à un centre dramatique, permet également aux élèves d’être associés à la vie du théâtre au quotidien. Ils rencontrent les équipes artistiques programmées dans le cadre de la saison culturelle, assistent à tous les spectacles et, en tant qu’ouvreurs et ouvreuses les soirs de représentation, accueillent le public. Enfin le « parcours du spectateur » conçu dans le but de les ouvrir à d’autres disciplines et de développer un esprit critique leur donne accès aux spectacles des lieux de création et de diffusion artistique du territoire, tels que l'Opéra National de Bordeaux, La Manufacture-CDCN, les Avant-Postes. 

Une motivation à toute épreuve

Le rythme intensif de la formation ne les dispense pas d’un travail personnel important pour la préparation aux concours, d’autant plus que les dates d’ouverture variant selon les régions il est possible d’en passer plusieurs chaque année. La pression est forte car les épreuves varient d’une école à l’autre. Pour l’une il faut apprendre un morceau classique en alexandrins, pour l’autre un texte d’un auteur contemporain, ailleurs un monologue. Certaines vont jusqu’à exiger la présentation de quatre scènes différentes. « Heureusement l’école étant ouverte de 8h30 à 22h30 on peut travailler le soir et les mercredi et samedi en dehors des heures de cours », « ce qu’il y a de bien ici c’est qu’on est tellement soudé que ça va nous donner de la force, de l’énergie », « la prise en charge des coûts pour les concours est une charge mentale en moins ». Bien qu’ils soient amenés à postuler dans les mêmes écoles les élèves ne se sentent pas en concurrence entre eux et réagissent vivement à cette question. « C’est pas l’endroit ici, on est surtout là pour se soutenir », « on n’a pas tous les mêmes envies, les mêmes profils », « ce serait une perte de temps de se mettre dans un état d’esprit de compétition entre nous sachant qu’on a plus de 700 concurrents dans toute la France ». 

Un cadre sécurisant

L’équipe pédagogique accorde un suivi attentif aux élèves et leur offre un accompagnement individualisé pour les aider à réfléchir à leur projet car le concours ne doit pas être le seul objectif. Si sept sur huit de la promotion 2023-2024 ont intégré une école supérieure de théâtre dès la première année, « le meilleur scénario possible » se félicite Clémentine Polo, il ne faut pas oublier qu’il y a beaucoup d’appelés pour peu d’élus. L’administration fait en sorte de leur proposer un cadre sécurisant, de les aider dans leurs démarches, de les soutenir en cas de problème financier mais « on ne leur promet pas monts et merveilles ». L’école est là également pour aider ceux qui vont devoir réorienter leur parcours à l’issue de la formation. « On essaie de leur faire prendre conscience de la précarité du métier. Il faut savoir se vendre soi-même, faire du réseau ; la réussite c’est 50% de plateau, 50% de réseau ».

Ce n’est cependant pas leur préoccupation première, focalisés qu’ils sont sur le moment présent, et à la question de savoir s’ils conseilleraient la classe égalité à de futurs candidats la réponse est unanime. « Foncez, n’hésitez pas, c’est intense, ça demande beaucoup d’investissement mais c’est passionnant ». Leur enthousiasme n’occulte cependant pas les difficultés à prendre en compte. « Il faut accepter de vivre en communauté et d’être présent pour le groupe, on vient pour soi mais on partage le même objectif avec les autres », « il faut assumer de se laisser voir, de vivre des émotions allant de la joie à la colère, en passant parfois par la tristesse, mais on est soutenu par l’équipe », « Le mot clé c’est la bienveillance qui règne à tous les niveaux dans cette école ».

Le prochain recrutement débutera en avril 2026, qu’on se le dise.

 

ENCADRE : le TNBA fait partie des douze écoles supérieures d’art dramatique qui délivrent le Diplôme national supérieur professionnel de comédien (DNSPC). Sa classe préparatoire à l’enseignement supérieur dite classe égalité prépare les élèves aux concours d’entrée dans ces écoles. Elle est financée par la Direction régionale des affaires culturelles (DRAC), la Région Nouvelle-Aquitaine, le Fonds social européen et les fonds propres du TNBA. Son agrément en 2022 par le ministère de la Culture permet aux élèves d’obtenir le statut d’étudiant.