Editorial

Éditorial

 

Le spectacle vivant a au moins 2 500 ans d’existence. À Bordeaux, il a moins de trois siècles, sauf à considérer que les sanglants jeux du cirque qui se déroulaient au Palais Gallien font partie de cette histoire culturelle. Malgré le poids des ans, le spectacle vivant, sur les rives de la Garonne comme ailleurs, semble toujours aussi neuf, aussi jeune. Sans doute parce qu’il ne cesse de se renouveler. Parce qu’aussi, il est la forme culturelle la plus proche du spectateur : les interprètes sont là, à portée de voix, d’une désarmante fragilité, chaque instant sur un fil, à la merci de la moindre péripétie, mais transmettant aussi mille émotions que rien ne vient dénaturer.

La floraison des troupes bordelaises est en soi rassurante. Elle est la preuve d’un enrichissement ; celui de l’offre culturelle, sinon de celle des auteurs et des troupes qui tirent plutôt le diable par la queue. À quelques rares exceptions près, on ne fait pas fortune en s’inscrivant dans les pas de Sophocle, Molière ou Audiberti. Mais la passion qui conduit les théâtreux, qu’ils soient sur scène ou dans les coulisses, à exercer leur art semble être le combustible qui entretient leur flamme.

À Bordeaux, le théâtre est chez lui. À moins que ce ne soit Bordeaux qui soit un théâtre. Dans la capitale aquitaine, les pas des promeneurs s’inscrivent en effet dans une multiplicité d’apparences qui sont, pour utiliser un terme scénique, autant de décors. Fonds de scène urbains, d’une ville vivante sur lesquels la vie citadine semble sans cesse chercher son rôle. Fonds de scène monumentaux où la majesté de lieux comme la place de la Bourse, la place du Parlement, les allées de Tourny, le cours du Chapeau-Rouge accentue la grandeur d’une ville de marchands qui ne rêvent que d’être nobles.

Le Grand-Théâtre est évidemment la prise de choix pour dire l’importance de la scène à Bordeaux. Et il est symbolique que le monument emblématique de la ville soit celui-ci, même si le théâtre au sens propre l’a déserté au profit de l’opéra et de la danse. Car, proportionnel à sa taille de petite grande ville, Bordeaux compte, au bas mot, une trentaine de lieux qui affichent le nom de théâtre. Trianon, Molière, des Salinières, La Lucarne, le Poquelin, l’Inox, le Cerisier, le Lieu sans nom, la Rousselle, la Pergola, le Trianon, etc. Sans compter ces endroits – ici, un jardin, là, une halle, ailleurs une friche industrielle – qui deviennent, le temps d’un soir, un lieu de spectacle. C’est souvent là qu’on trouve les programmations les plus audacieuses ; ainsi celle du Trente Trente qui, chaque année en janvier, porte haut devant un public fidèle et passionné le triomphe précaire des formes courtes. Ce sont des initiatives à soutenir car, à côté des institutions (TNBA, MÉCA), elles-mêmes souvent avant-gardistes mais qui disposent de ressources publiques, elles ont besoin de fidèles pour survivre…

 

 

Jean-Paul Taillardas