Un déshabillé habillé

Itinéraire d'un vêtement qui se découvre tout en cachant.

Elle a l'originalité de porter le nom d'un vêtement qu'elle n'est pas (robe), elle se représente dans un espace qu'elle quitte (chambre), elle n'est pas ce qu'elle dit être. Elle a ses adorateurs et ses détracteurs, elle peut être indispensable, elle est l'objet de beaucoup de fantasmes, elle est absente de beaucoup de foyers, mais quasi permanente dans les films hollywoodiens. De surcroît, elle se décline sous de nombreuses appellations : déshabillé, douillette, houppelande, peignoir, saut de lit... Elle ne laisse pas indifférent : la robe de chambre.

 

Jean Rochefort, dans le film d'Yves Robert: Un éléphant çà trompe énormément(1976)
Jean Rochefort, dans le film d'Yves Robert: Un éléphant çà trompe énormément(1976)

Confort et sensualité

 

La robe de chambre est en général portée par-dessus un vêtement de nuit, lorsqu'on est insuffisamment habillé. C'est un long vêtement d'intérieur pour homme ou femme, ouvert devant, fermé par une boutonnière, une fermeture à glissière ou une ceinture. Les qualités attendues d'une robe de chambre : la sensation de chaleur, le molletonné, le matelassé, le moelleux du tissu...Souvent en polaire, tissu épais et chaud elle se porte comme une seconde peau tout au long de la journée. En soie, elle joue la carte de la sensualité. Cette qualité a un prix, son entretien demande beaucoup de précautions : lavage linge délicat 30°, sans essorage, séchage sur un cintre, pas de repassage. Elle peut être en lin, en velours, en coton. Elle est souvent confondue avec le peignoir de bain. 

Victime du chauffage central et du jogging, la robe de chambre devient moins populaire. Mais capes de bain avec ou sans capuche, agrémentées de motifs colorés et d'oreilles d'animaux, elles font la joie des tout petits. 

Aujourd'hui très tendance, le DIY (Do it yourself), « faites-le vous-même » permet d'emporter la robe de chambre que vous avez confectionnée à la place du peignoir de bain proposé par l'hôtel. 

Prenant en compte la situation du « télé travail obligatoire », en cette période de confinement, une maison de haute couture propose une gamme de vêtements créés pour être portés chez soi, entre pyjama et poncho dans lequel se pelotonner : « Une collection réconfortante d'esprit bohème et féminin », nous assure la publicité.

 

 

Mode kimono

Le vêtement d'intérieur apparaît tardivement. C'est un vêtement essentiellement masculin. Au XVIIe siècle, des kimonos sont importés par la Compagnie des Indes et portés comme des robes de chambre par des européens aisés. Après l'Exposition universelle de Paris en 1867, on assiste à un véritable engouement pour l'orientalisme et en particulier le Japon. La présence de trois geishas, servant le thé n'y est pas étrangère. C'est au moment de la découverte de l'ère Meiji1 que le kimono est adopté comme tenue d'intérieur. Cet intérêt pour le japonisme se poursuivra jusqu'à la période de la Belle Époque qui consacrera le kimono réinventant la robe de chambre. Celle-ci est alors richement ornée, en opposition au costume de jour, sobre, discret et noir et sera adoptée par les femmes. La mode kimono est devenue aujourd'hui la norme.

 

Qu'elles soient en soie ou en polaire, orientaliste ou bohème, les tenues d'intérieur sont portées pour être bien chez soi. 

Jean-Louis Deysson       

Malentendu

 Quelle mauvaise surprise attendait Marie-Cécile lorsqu'elle découvrit en 1922, dans le menu de son mariage des « pommes de terre en robe de chambre », garniture des succulentes viandes proposées par son traiteur préféré. Une faute d'orthographe, sinon de goût ? Non, un usage. L'allusion sensuelle voire sexuelle était trop évidente. Les pommes de terre en robe des champs sont cuites, cachées sous la cendre et servies avec leur peau. L'expression « robe de chambre » est la plus ancienne (milieu du XIXe siècle), elle remplace « pommes de terre en chemise ». « En robe des champs » serait la déformation de la précédente et n'apparait qu'en 1923. « Les fautes d'orthographe d'aujourd'hui seront la règle de demain » se plaisait à dire Alain Rey2.

 

 

re Meiji : Période historique de modernisation du Japon 1868-1912

 

2Alain Rey : Dictionnaire historique de la langue française, 1988