Édito

 

 

 

Il ne se fringue que de quatre lettres ; le mot « robe » n’a pas besoin de plus pour qu’à son seul prononcé, la mémoire aligne les tableaux de maître, revive quelque noce en blanc, feuillette les images de soirées mondaines, s’enivre de volutes de tarentelle... Les vocables vestimentaires tels que jean, salopette, pullover, pantalon, chemise, manteau, short, marcel, ou duffle-coat, sont évidemment moins inspirants, du moins si l’on se cantonne au seul terrain de l’onirisme élégant.

 

Et c’est bien pour cette raison que l’atelier de journalisme qui coud les parementures et repasse les plis de « L’Observatoire » s’est volontiers entiché de ce thème. Car le sujet est porteur même si l’on ne s’épanche guère au-delà de la seule acception d’un vêtement sensuel que les vraies coquettes portent aux nues ; ce qui reste un comble s’agissant d’un apprêt.

 

Pourquoi, en-dehors du regard œnologique nous presque cantonner au seul vêtement ? Simplement parce qu’il faudrait largement plus d’un numéro de l’Observatoire pour explorer tous les recoins portés par le mot robe. Deux pages pleines de notre revue seraient ainsi nécessaires pour, simplement, reproduire tout ce que le plus complet des dictionnaires, a dégotté sur lui.

 

Le lettré Émile nous apprend ainsi que, par extension, il s’emploie pour qualifier l’enveloppe de certains légumes (la fève, l’oignon) ; évidemment, pour évoquer la couleur des vins ; mais aussi pour nommer la feuille qui forme l’extérieur d’un cigare ; il révèle également qu’il peut appeler un fruit, en l’occurrence, une prune, (la  « robe de sergent ») et, moins poétiquement, désigner le boyau qui recouvre une …andouille. Etc.

 

Devant ce déluge de significations, nous avons résisté, au fil de cet éditorial à un certain nombre de facilités. Pas de jeux de mots du genre « voici un dossier de l’Observatoire bien enrobé » ; aucun délire à la San Antonio autour du mot Robert ; pas la moindre allusion à la période bordelaise du regretté Robuchon. Vous ne trouverez rien non plus sur les brunes robeuses (¡Ay Carmen !) ou sur la mystérieuse arrobe (question Super banco) ; et pas la moindre imitation approximative (« à la troisième personne d'un passé simple éminemment suspect ») d’Alain… Robbe-Grillet.

 

Cela parce qu’à cette belle parure qu’est la robe, nous devons d’autant plus de respect qu’elle s’efface à petit feu de la mode occidentale. De moins en moins exposée, de moins en moins vendue, de moins en moins portée. Bientôt ne restera peut-être d’elle qu’un meuble pour évoquer son souvenir : la garde-robe.

 

Jean-Paul Taillardas