Le feu renaît

A Gradignan, l'historique Poterie va être restaurée, l'assotiation Terre d'art et d'argile a réussi à sauver ce témoin du passé

Le four-bouteille, très dégradé, sera bientôt rénové, grâce aux dons du loto du Patrimoine.

(Photos de D.Sherwin-White)

Le président de l'association devant la porte de chargement du four à l'intérieur de la Poterie

 

Ils sont photographiés, affichés dans les rues, ce printemps, les deux fours-bouteilles, afin de susciter de nombreux dons de particuliers et d’entreprises. C’est par la Fondation du Patrimoine et grâce au loto (mission Stéphane Bern), qu’une restauration de 500 000 euros est possible. Construits au XIXe siècle, le four-bouteille extérieur, visible de la rue, haut de 10,8 mètres, est détérioré par les infiltrations d’eau et les plantes ; son frère jumeau, à l’intérieur, est mieux préservé. La Poterie, depuis 1987, est maintenue vivante grâce aux membres de l’association Terre d’art et d’argile qui y développe les arts du feu et de la sculpture.

 

24 heures de cuisson

Il existe seulement trois fours-bouteilles de ce type en France. Cylindriques, en briques réfractaires, cerclés de larges fers plats, ils peuvent supporter de fortes températures. Ils sont construits sur deux niveaux. En bas, une chambre de cuisson avec quatre foyers où on y chargeait du charbon. L’enfournement des pièces d’argile se faisait dans la chambre du haut, appelée globe (pots de résine ou pots de fleurs), à une température de 900 degrés. La chambre du bas, voûtée, noircie par le charbon, servait à cuire, à 1 200 degrés, les pièces à émailler qui avaient subi une première cuisson dans la chambre du haut. On les disposait dans des boîtes en matière réfractaire pour les protéger du contact direct des flammes. La cuisson durait 24 heures et le contrôle de la température se faisait au moyen de bâtonnets qui fondent à une température donnée.

 

 

De nouveaux fours

« C’était à l’origine une tuilerie traditionnelle, raconte Jean-Marie Arquenbourg, président de l’association qui gère la Poterie. L’argile était extraite sur place et le combustible provenait du bois des forêts avoisinantes. » Monsieur Arquenbourg, qui s’exprime à la place de l’artiste Alain Denis, absent, poursuit : « En 1890, Vincent Desbat crée la Poterie après avoir travaillé à la faïencerie David Johnston. Ceux qui lui succèdent étudient les émaux à Limoges et à Sèvres. Cinquante personnes fabriqueront des pots à résine, plats, casseroles et pichets émaillés. En 1955, la Poterie cesse son activité ; rachetée par la municipalité de Gradignan en 1982, elle vit une renaissance avec le potier François Géraud puis en 2010, avec Alain Denis qui en fait un centre artistique et culturel, équipé de fours à gaz ».

Dans les bâtiments et autour du four-bouteille, l’artiste organise de nombreux cours de modelage, de travail au tour, d’émaillage, de porcelaine, de raku ou même de bronze, pour adultes et enfants, avec l’aide de plusieurs professeurs. Mais il fait aussi venir, durant l’été, des artistes internationaux et lance un nouveau projet : réaliser une sculpture monumentale.« C’est Alain Denis qui, depuis dix ans, s’est battu pour sauver l’ancienne Poterie et, conclut Mr Arquenbourg, il a été très heureux d’apprendre la décision de rénovation. »

Les travaux commenceront en octobre 2020, pour le four-bouteille le plus endommagé, avec les 500 000 euros récoltés grâce au loto du Patrimoine.

Pierrette Guillot

 

 

Pour faire un don : www.fondation-patrimoine.org/74731