Escale du livre à Bordeaux

Les 10, 11, 12 avril 2015, écrivains, éditeurs et libraires ont donné rendez-vous aux lecteurs dans le quartier Sainte-Croix de Bordeaux pour discuter de la littérature et du monde.

Photos de M. Depecker

Incontournable dans la région, L’Escale du livre est un véritable festival culturel qui «  se met au service de la littérature, certes pour permettre l’évasion mais également la compréhension de l’autre. Nous en avons plus que jamais besoin » insiste Pierre Mazet, président d’Escales littéraires de Bordeaux Aquitaine.

 

Briser les frontières

C’est dans une ambiance de foisonnement culturel que le festival se vit dans les jardins du Conservatoire de musique, devant l’église Sainte-Croix ou dans les locaux du TNBA. Un programme de 60 pages, 150 auteurs invités, pas moins !

À chaque chapiteau, sa spécialité : librairie générale, librairie jeunesse, BD ou sa fonction, salon littéraire, forum exposition, comptoir des mots… Les organisateurs sont convaincus que toutes les rencontres  sont possibles entre écriture et lecture, écriture et danse, écrivains et illustrateurs, auteurs et comédiens… Manière originale de présenter les œuvres. Catherine Marnas raconte ses adaptations au théâtre de romans comme Lignes de faille  de Nancy Huston, Agnès de Catherine Anne, Marie Richeux conte le mythe d’Achille avec le musicien Jacob Stambach. Olivier et Julien Adam créent un pont entre musique et littérature à partir du roman Peine perdue. Lecture dessinée avec l’illustrateur Benjamin Bachelier d’une œuvre de Laurent Gaudé Les oliviers du Négus. Robin Renucci est invité à lire des extraits du dernier roman de Patrick Modiano Pour que tu ne te perdes pas dans le quartier. Lectures, spectacle musical, ateliers autour de l’illustrateur Régis Lejonc qui expose 20 ans de dessins pour la littérature jeunesse.

Si toutes les formes d’expression artistique se croisent ici, les peuples aussi dialoguent grâce à l’invitation de la littérature étrangère : les italiens Eri de Luca, Léonor de Récondo, Miléna Agus, l’ukrainien Andreï Kourkov, l’anglais Will Self, l’israélienne Zeruha Shalev... Avec eux, on s’évade, on voyage, on part à l’aventure, on se dépayse, on se confronte aux autres, on tente de comprendre les malheurs du monde.

 

Paroles croisées

La liberté de parole et le débat ont toute leur place ici pour évoquer l’ancrage des œuvres dans le monde réel : ainsi Andreï Kourkov, auteur du Journal de Maïdan et Cédric Gras, écrivain géographe vivant en Ukraine, nous parlent de leur pays en guerre, du déclin de l’industrie du livre, de la paralysie actuelle des intellectuels. Les causes de la guerre ? Beaucoup de questions, peu de réponses. Plus tard, Salim Bachi et Gaston-Paul Effa confrontent deux figures de la Résistance : Aristides de Sousa Mendes, consul à Bordeaux et Raphaël Élizé, premier maire noir en France métropolitaine. Laurent Gaudé, Lyonel Trouillot et Laurent Mauvignier se retrouvent pour débattre du fracas du monde, leurs romans se nourrissent de l’actualité souvent tragique.

 

Rencontres intimes

Dans une ambiance plus confidentielle d’un café ou d’un chapiteau de poche, des écrivains se dévoilent. Ainsi l’auteur illustrateur landais Jean Harambat nous révèle la genèse de son Retour d’Ulysse où il mêle avec subtilité le récit du retour d’Ulysse à Ithaque et des propos d’historiens ou journalistes contemporains. Il rend hommage avec beaucoup d’intelligence à ses sources d’inspiration : Jean Pierre Vernant, Hugo Prat, Lawrence d’Arabie, Bernard Manciet.

Sous une autre bulle, c’est Colette Mazabard qui avec modestie, raconte comment elle a traversé la France en marchant. Ses petits carnets de voyage deviendront ses Monologues de la boue. Marcher pour sortir de soi, pour se sentir vivante, pour apprivoiser la nature et pour échanger. Sous les grands chapiteaux, des dizaines d’éditeurs comme Gaïa se font connaitre notamment ceux qui publient des documents sur la région. Les habitués sont là La librairie Olympique, La Mauvaise Réputation, des petits nouveaux aussi la librairie Le Passeur de Bordeaux rive droite mais bien sûr le stand le plus attractif est celui de La Machine à Lire où de nombreux auteurs proposent leur dédicace : Jérôme Garcin a passé le samedi après-midi à dialoguer avec ses lecteurs.

Vous regrettez déjà d’avoir préféré le jardinage ou la plage à cette fête littéraire qui a battu cette année son record de fréquentation (44 000 visiteurs), alors rendez-vous en 2016, l’événement est toujours stimulant et chaleureux, riche et gratuit.

Marie Depecker