Le Bordeaux s'exporte

Quel avenir pour les vins de Bordeaux confrontés à une grave crise liée en particulier à un déficit des exportations ? Pour tenter d’y répondre Sciences Po et Sud-Ouest ont organisé une rencontre ayant pour thème “ Le vin, enjeu de la mondialisation ”, avec de nombreux acteurs de la filière viticole, le 16 mars 2006 à Saint-Émilion. Aperçu des débats.

 

Le 7 décembre 2005, de jeunes viticulteurs de Gironde muraient les portes du Comité interprofessionnel du vin de Bordeaux (CIVB). Pour eux, une seule et simple revendication à faire valoir : “ Pas de transaction de bordeaux et bordeaux supérieur à moins de 1 000 euros le tonneau de 900 litres de vin rouge en vrac. ” Ce mouvement d’humeur est significatif de la crise la plus grave que traverse les vins de Bordeaux, depuis une trentaine d’années.

Mais sont-ils les seuls touchés ou le mal est-il plus général ?

 

La consommation mondiale

Au niveau mondial le vin n’est pas en crise, malgré une légère surproduction certaines années. En effet, si la consommation diminue dans les pays européens producteurs depuis une quarantaine d’années, elle croit de 5% à 6% par an presque partout ailleurs et en particulier au Royaume-Uni et en Europe du nord. Mais cette hausse profite essentiellement aux nouveaux producteurs qui mettent sur le marché un vin plus standardisé, mieux adapté aux goûts des consommateurs, qui généralement se préoccupent assez peu de l’origine et la fabrication.

Parallèlement, la France a vu sa consommation de vin diminuer en quarante ans de 120 litres à 56 litres par an et par personne. Cette réduction importante est à porter sans nul doute au crédit de la lutte contre l’alcoolisme, pendant cette même période. Tout ceci ayant pour première conséquence une amélioration de la santé des Français. Il est tout de même curieux, non seulement, qu’aucun intervenant n’ait cru bon de l’évoquer, mais mieux, un médecin nutritionniste a précisé que le vin apporte des calories “ nobles ” et qu’il est bénéfique pour la santé à travers le French Paradox, qui veut que le vin soit à l’origine de la résistance aux maladies cardiaques des Français. Ce médecin, également chercheur à l’Université de Bordeaux, précisait que des annonces scientifiques allaient sans tarder confirmer les premiers travaux, datant d’une quinzaine d’années. Le vin peut sans doute, à condition d’en boire modérément, apporter des éléments bénéfiques, mais vouloir implicitement en faire un argument commercial est pour le moins contestable.

 

Bordeaux et la crise

Il n’est pas si lointain le temps où il n’était pas nécessaire d’aller au devant des consommateurs étrangers, qui tout naturellement achetaient des vins de Bordeaux, dont la notoriété était synonyme de plaisir.

L’élimination de la surproduction suppose dans un premier temps de faire disparaître par distillation les 500 000 hectolitres stockés, ce qui nécessite un budget conséquent qui n’est pas disponible pour le moment. Comme la production de 2005 correspond pratiquement à la capacité de vente, l’arrachage peut être limité.

Les grands bordeaux trouvent facilement preneurs, tant le pouvoir d’achat de certains consommateurs étrangers est en forte croissance, et qu’ils sont de plus en plus nombreux. Les bons bordeaux, qui visent une clientèle moyenne, arrivent également à se maintenir à l’exportation. En revanche les petits vins, qui bien souvent sont de qualité médiocre, ne trouvent plus preneur.

 

 

Quelques pistes

Pour combattre positivement cette crise, les intervenants ont évoqué quelques solutions. En voici quatre parmi les plus significatives :

- il est nécessaire de redonner confiance aux consommateurs en leur proposant des vins de qualité, adaptés à leur goût et en particulier à celui des jeunes et capables de leur donner du plaisir et de les faire rêver ;

- une restructuration de la filière et en particulier du négoce devrait être entreprise, des regroupements amèneraient des économies d’échelle et donc une réduction des prix de vente ;

- développer la formation dans l’ensemble de la filière est une autre nécessité, c’est ainsi qu’un institut pluridisciplinaire de la vigne et du vin accueillera ses premiers étudiants en 2008 ;

- par ailleurs, le Conseil régional a ajouté au nombre des pôles de compétitivité de l’Aquitaine un pôle “ Vigne et vin ”.

Gageons que ces solutions et d’autres, associées à la volonté des acteurs de la filière, ferons que le vin de Bordeaux saura traverser cette crise sans trop de dommages pour les hommes qui en vivent.

 

Roger Peuron

(2006)