Un troubadour de Casamance

Abdou joue du kamélé ngoni, une harpe-luth, ou du nianiérou, violon mono corde.( Photos D. Sherwin-White)k

 

Abdou Sow, ancien petit berger sénégalais, enflamme désormais les soirées bordelaises avec son groupe Mussa Molo qui puise son inspiration dans le patrimoine musical peul. 

 

L’hôtel de la Perle, situé rue du Mirail à Bordeaux, compte parmi ses occupants une perle d’un autre genre : Abdou Sow, auteur, compositeur, interprète. Sénégalais de la région de Casamance, il est à l’origine du groupe Mussa Molo et de l’association Sare Abba du nom de son village natal pour laquelle il œuvre.  

Après les présentations d’usages autour d’un café pris à son domicile, c’est avec cette joie naturelle qui le caractérise qu’Abdou Sow se met à chanter en langue peule tout en s’accompagnant tour à tour avec l’un des instruments typiquement sénégalais exposés dans son séjour. L’homme passionné, chaleureux nous transporte ainsi en quelques secondes dans son univers.

 

Prendre son destin en mains 

Né à Sare Abba, petit village situé en haute Casamance où le peuple peul est sédentarisé, Abdou devient berger comme le veut la tradition familiale. En tant que Peul, il n’a pas accès à la musique, mais le jeune Abdou écoute et mémorise les chants des griots : véritables troubadours de l’Afrique. Ceux-ci rythment les travaux agricoles, reflètent les états d’âme, marquent les évènements de la vie et de la société. Abdou n’a de cesse d’y accéder pour véhiculer un jour cette richesse culturelle. Malgré l’attachement profond qu’il a pour son terroir et pour son troupeau de vaches, l’envie d’aller à la rencontre d’autres peuples pour partager savoir-faire et connaissance est encore plus fort. C’est ainsi qu’il entreprend le tour de l’Afrique à l’âge de 19 ans : Mali, Burkina, Bénin, Nigéria, Cameroun, Ghana pour gagner ensuite l’Occident. Au cours de son périple, il s’initie à la percussion puis au nianiérou, violon mono corde emblématique du peuple peul. Après quelques temps passés à Paris, il s’installe à Bordeaux dans les années 1980. Sa venue en France marque l’entrée dans sa carrière musicale.

 

Passionnément 

Sur notre continent dans les années 1980/1990, la tendance est de mettre en exergue les musiques du monde. Bon nombre de musiciens bordelais s’investissent alors avec enthousiasme dans une coopération fructueuse donnant la possibilité de mêler les genres. C’est dans ce contexte que naît sous l’impultion d’Abdou Sow le groupe Mussa Molo du nom d’un souverain du Foudalou* 

Mussa solo mélange des sonorités d’instruments africains à celles d'instruments de scène amplifiée (basses, guitares, batterie). Des musiciens chevronnés l’accompagnent dans cette aventure labellisée Musique du monde au style unique Afro-Nomad-Groove. Ils se produisent en concert, dans les festivals où ils enflamment l’assistance. Animent des classes découvertes, enregistrent plusieurs C.D. qu’ils proposent à la vente lors de ces soirées festives. Fruit d’une collaboration avec une nouvelle équipe mais toujours dans le même esprit le dernier C.D., Néné Baaba, est dédié aux enfants de Sare Abba. Dans le pur esprit des précédents, cet enregistrement présente des textes chantés par Abdou en langue peule sur des mélodies inspirées des chants traditionnels de la Casamance. On y retrouve les sonorités des instruments africains** comme le nianiérou, le balafon, le tama le ngoni et le hoddu, associés aux guitares et à la batterie sur une base de jazz-rock, d’afrobeat, de reggae et de blues. Le prochain concert est prévu le 11 janvier à la médiathèque de Pessac. 

 

L’association Sare Abba

Sare Abba a été créée en 1991 autour d’Abdou Sow avec la complicité de Bordelais ayant découvert le village de Sare Abba lors d’un voyage d’agrément. Cette association se développe très rapidement et organise des spectacles aux couleurs africaines, récoltant ainsi des fonds à but humanitaire. Pour exemple, grâce à ces collectes, un jardin collectif a été aménagé dans le village, une case santé et une école construites, une autre école pour les plus petits est en projet.

 

 * Foudalou, région de Casamance 

** Balafon : percussion formée de lattes de bois, tama : petit tambour, Kamélé ngoni : instrument à corde désigné sous le nom de harpe luth, hoddu : famille du luth. 

Jeanine Duguet