Arrêt sur image

 Témoigner de la situation de migrant : une véritable épreuve !

 

Clés à portée de mains (affiche de l'exposition)

 

Ils s'appellent Rekwan, Burham, Abdallah, ils arrivent du Kurdistan, d'Irak, d'Afghanistan, ils sont jeunes ou âgés. Ils ont traversé des pays, des déserts, des mers et des montagnes. Ils ont franchi des frontières, ont courus, se sont cachés, terrés, seuls ou en groupe. Ils ont souffert de la faim, de la soif, d'humiliations, de vexations, de racket. Ils sont aujourd'hui arrêtés dans un camp, un squat, un foyer, dans l'attente. Qui sont-ils ?

 

Portrait

Faire leur portrait, montrer leur visage, raconter leur périple, l’histoire de leur vie  fait de ces gens « sans » (sans papiers, sans domicile, sans bien, etc.), des gens « avec » (une identité, un vécu, etc.).

Il ne viendrait à l'idée de personne de les présenter  en costume traditionnel comme cela se faisait au début du siècle dernier. Ce qui fait leur singularité, c'est leur vie d'avant la migration, leur famille, leur statut social,  leur emploi, leurs savoirs, leur culture. Leurs visages apparaissent à l'occasion de manifestations culturelles dans la ville, expositions de trajets singuliers, portraits affichés aux grilles de jardins publics, de palissades ou dans des lieux dédiés. Pourtant au quotidien, nous les côtoyons, nous les croisons.

La justification d'un tel enjeu est de leur donner une identité, une reconnaissance, une présence. Cela suffit-il ?

 

Témoigner

La très belle exposition photo *de Bruno FERT, photographe professionnel, à la MJC (maison des jeunes et de la culture) CL2V à Bordeaux, « itinéraires intérieurs », autour du thème « des migrants dans l'intimité de leur foyer » relève le défi. Monsieur ZIDOUR, son directeur, nous accompagne et nous indique que cette manifestation a le soutien de MSF (médecins sans frontières).

L'intérêt de la démarche de Bruno FERT est d'adjoindre au portrait, un récit, une narration succincte de leur histoire et surtout une photo de leur nouveau « domicile », espace aménagé dans un abri de fortune. Portrait, récit et espace sont complémentaires. Cela pour ne pas rester fasciné par le portrait qui nous regarde autant qu'on le regarde, instant volé et figé dans la trajectoire d'une vie.

« Une photographie évoque toujours quelque chose qui a existé et qui n'existe plus, en cela elle parle irrémédiablement de nous, de l'éphémère du monde et de notre existence. »  nous rappelle Roland Barthes. Ce qui est montré, c'est l'instant de la prise de vue.

Le dessin de la maison (un carré avec un toit pointu dessus) est la première représentation d'un espace protecteur et sécurisant chez le jeune enfant. C'est le même espace qui figure dans les photos de Bruno FERT, un espace comme avant, comme là-bas, évocation de la protection, d'un savoir vivre, d'un bien-être,  d'un « foyer » chaleureux. Quelques objets, photos, images, tissus, emmenés décorent les murs.

Rekwan, 26 ans a installé  un petit resto avec chaises, table, banquette et au milieu de la pièce, un foyer /barbecue pour préparer des kebabs qu'il vend aux autres migrants. Burham, 31 ans était coiffeur en Irak. Son unique fauteuil accueille 25 clients par jour, mais seulement quatre ou cinq payent cinq euros la coupe. Son rêve serait de créer un salon de coiffure en France ou ailleurs car il est un spécialiste de l'épilation traditionnelle au fil. Abdallah était épicier, ici il a ouvert un petit commerce, canettes et conserves. Leur présent est fait d'adaptations continues qui génèrent une économie parallèle où ils sont acteurs et vecteurs de développement

Un modèle d'anti-portrait (afp.com Marco Bertorello journal l'Express)

Migrant ?

Il n'existe aucune définition juridique du concept de « migrant ».Peuvent s'y substituer les termes de réfugié, demandeur d'asile, déplacé interne, clandestin, sans papier, selon la particularité  de leur situation. On ne devrait pas dire « migrant » mais plutôt « en migrant », leur spécificité étant un mouvement vers un objectif. Le terme « requérant d'asile » utilisé en Suisse est plus adéquat car «  en quête d'un lieu où l'on peut se réfugier pour être à l'abri d'un danger, d'un besoin ».

 

 Jean-Louis Deysson

 

« Itinéraires intérieurs » du 6/11 au 6/12 2017 MJC CL2V, 2 rue Eric Satie Bordeaux