La neige, invitée surprise

 

Saint-Laurent de la Salanque en Roussillon, bloqué par les congères.

 

Les récentes tempêtes de neige qui ont empêché toute circulation à New York, nous rappellent combien nous sommes sujets aux mêmes risques. Le midi de la France, malgré son climat clément, subit parfois les brusques assauts de l’hiver. Février 1956 en est l’exemple le plus frappant.

Vingt sept ans plus tard, Dominique a été confronté, à quelques jours du printemps, à l’arrivée soudaine d’une importante chute de neige.

 

Un déplacement contrarié

Lundi 15 mars 1993, Dominique arrive en fin d’après-midi à l’aéroport de Perpignan. La température est douce, les arbres fruitiers sont en fleur et rien ne semble présager un retour de l’hiver. Accueilli par un collègue qui le conduit à Saint-Laurent de la Salanque, il rejoint son restaurant attitré, qui dispose de quelques chambres. Seule personne à passer la nuit sur place, il s’endort rapidement après un repas copieux.

« À mon réveil, un silence total me surprend. J’essaie en vain d’allumer pour regarder l’heure. Manifestement il n’y a plus d’électricité et seul un faible jour éclaire la pièce. Je m’approche de la fenêtre et découvre en ouvrant les volets, des monticules de neige rassemblés par un vent glacial qui empêchent toute circulation. Interloqué, je m’interroge sur ma situation : pratiquement isolé du monde, sans moyen de joindre qui que se soit, la ligne téléphonique étant coupée.

Il est 8 heures, je m’habille et descends à tâtons l’escalier pour atteindre la salle de restaurant, éclairée par quelques bougies. Le patron, venu à pied de sa maison proche, m’explique que la tempête s’est déclenchée vers minuit et que, sans électricité, il va fermer son établissement. Je lui réponds avec véhémence que, sans solution, je reste sur place ou je m’installe chez lui, ce qui l’interpelle ! »

 

La vie s’organise

Sur une cuisinière à gaz, l’aubergiste prépare un café puis échange avec Dominique en déjeunant. Selon les informations entendues sur le transistor, la neige restera au moins trois jours. Les services de la voirie doivent dans la journée dégager les grands axes. Les avions sont cloués au sol et les trains immobilisés.

« Je m’interroge sur la conduite à tenir quand, à ma grande surprise, je vois arriver sur son tracteur, José Puig, président du Centre expérimental de l’abricot, mon premier rendez-vous. Venant d’un village proche, il a réussi à passer, déblayant la neige avec la barre frontale de son engin. Cet outil agricole se révèle efficace pour franchir les chemins encaissés, envahis de congères. Mon collègue, habitué à accéder par tous les temps aux stations de ski, nous rejoint non sans difficulté avec sa voiture équipée. Nous faisons le point prévu sur la collaboration entre nos deux organismes puis le restaurateur nous installe, malgré la fraicheur ambiante, autour d’un casse-croûte improvisé.

Quelques routes commençant à être dégagées, nous décidons vers 15 h d’essayer de nous rendre près de Perpignan pour la rencontre prévue avec un responsable de coopérative. La D 83 a été partiellement déneigée mais peu de véhicules circulent et très lentement sur cette route glissante. Quelques voitures bloquées par la tempête sont abandonnées, à moitié ensevelies en bordure de la voie. Mon collaborateur me dit avec ironie : « Cette nuit, elles seront complètement désossées. » Nous revenons à Saint-Laurent où enfin une bonne surprise m’attend. Le courant est rétabli ! Je peux passer la soirée et dormir sur place.

Le lendemain, repassant sur la D 83 pour rejoindre Narbonne où les trains circulent, je constate avec effarement que les propos de mon collègue n’étaient pas une plaisanterie : les véhicules qui n’ont pu être dépannés à temps sont toujours là mais ce ne sont plus que des coques vides, débarrassées de tout ce qui a pu être enlevé, par des gens manifestement équipés pour ce genre de vol !

En arrivant chez moi à Bordeaux, songeur, je me demande si j’ai rêvé ou réellement vécu ces deux jours surprenants dans le Roussillon ! »

François Bergougnoux