Étonnez-vous

Si Paris vaut une messe...

 Casteljaloux vaut un arrêt
Casteljaloux vaut un arrêt

L'insolite est partout. Ouvrez vos yeux et vos oreilles mais attention « on ne voit bien qu'avec le cœur ».

 

Vacances. Le nez dans le volant, l'œil sur le GPS, l'esprit sur la plage, vous foncez. Rien ne semble pouvoir arrêter la course folle qui vous fera sauter dans vos bermudas et vos tongs. Pourtant, votre route est émaillée de couleurs, de plaisirs, de surprises à couper le souffle. Il suffirait parfois de s'arrêter au lieu d'effleurer du regard un nom de ville en soupirant : « encore deux heures ! ».

 

Des Fées au Roi

Vous venez de Marmande, Casteljaloux, petite ville de 5 000 habitants vous accueille au bord de sa vaste piscine bleue et de ses parasols paillotes. Roulez doucement. Les pieds dans l'Avance, voici l'église, massive, imposante, sur son fronton Liberté, Égalité, Fraternité, étrange ! Un peu plus loin la mairie, ancienne halle aujourd'hui vitrée. Garez-vous sur la place, remontez les ruelles aux maisons à colombages. Au fond une lourde bâtisse en pierre claire, La Maison du Roi. Louis XIV, en route pour Saint-Jean-de-Luz y aurait fait étape. Agrippa d'Aubigné, exilé à Casteljaloux, y dicta les premiers chapitres des Tragiques. Entrez. Les vastes pièces, aux plafonds de chêne sombre, font la part belle à Jeanne d'Albret, la coquine, qui aimait aller le soir courir le guilledou dans la grotte aux fées, voisine. Le Vert Galant n'est pas oublié. Nérac est tout proche, cet amoureux des femmes et de la chasse parcourait régulièrement les forêts. Que d'anecdotes à son propos ! On raconte qu'un soir d'orage il frappa à l'huis d'une jolie veuve. Nul ne vint. Après plusieurs tentatives, la porte s'ouvrit enfin et la belle apparut prétextant le bruit du tonnerre. « Ventre Saint-Gris » s'exclama le prince en colère « Je mettrai ordre à tout ceci » Revenu à Nérac, il fit porter à la dame un marteau de fer gigantesque. Une autre histoire narre l'aventure du charbonnier Capchicot chez qui le Roi égaré vint frapper un soir. Ils dînèrent de sanglier braconné sur les terres royales. Évidemment, il n'en fallait rien dire, « Le grand nez » était très jaloux de ses réserves. Le lendemain, plus en confiance, Capchicot se plaignit du poids de l'octroi pour livrer son charbon en ville et avoua combien il aurait aimé voir le Roi. Son invité lui offrit de partager son cheval pour se rendre à Durance où Henri IV était attendu. « Comment reconnaitrai-je le Roi ? » s'inquiéta le passager. « C'est simple, tout le monde se découvre devant lui. » À leur arrivée dans la cour du château, la foule se découvrit. « Et bien charbonnier, tu connais maintenant le Roi ? » « Par cette lumière, c'est moi ou vous ? Si c'est vous, n'oubliez pas la taxe sur le charbon. » Les légendes foisonnent dans la belle maison du Roi. On y passerait des heures d'autant que d'accueillantes hôtesses vous vantent aussi les eaux thermales de La Bartère, le golf ombragé et le vaste lac de Clarens.

 

Du coq à l'âme des livres

Regagnez la Grande Rue où les multiples commerces ont des noms inoubliables : Intérieur 11, Délices de l'Avance, Le bonheur est dans le pied, Plurielle, Arc en Ciel, Bergamote, Violette de Parme...La ruralité ? Impensable ! Au fait, quelques cartes postales pourraient témoigner de vos surprises. Poussez la porte de la librairie des sœurs Cosseron. Deux énormes coqs blanc et noir vous souhaitent la bienvenue. Du plafond ruissellent marionnettes, ribambelles, mobiles, animaux, pantins ou masques du monde entier. Sur les meubles de bois sombres, livres, objets précieux ou amicaux se partagent la vedette. Où donner de la tête ? Où porter les yeux ? Ici des poupées, là du papier à lettres. So British ! Des jeux classiques ou étonnants. Plus loin des présentoirs chatoyant de cartes postales surprenantes. Enfin voici les libraires. D'ailleurs vous aurez sûrement besoin d'un bon livre pour les moments de farniente. Faites leur confiance. Elles lisent tout, ne commentent qu'à la demande mais leurs avis sont précieux. Chacune à ses spécialités et ses goûts. Peut-être, malgré leur air très sage, vous conseilleront-elles la lecture des Baltringues (Enrico Remmert). Isabelle est là depuis 29 ans et elle vous confiera, tout sourire : « Mon plus grand plaisir est de vendre un livre dont je pense qu'il fera le bonheur d'un client. » Au revoir, boutique de rêves. Les bras chargés de cadeaux, sur le pas de la porte vous semblez hésitant. Pourtant il faut regagner la voiture. À moins que vous n'ayez une petite faim. La minuscule rue Posterne vous offre son auberge à faire ruisseler les papilles. Poursuivez vos découvertes. Étonnés ? Bonnes vacances.

 

Dany Guillon