Amis comme chiens et chats

Depuis le XVIe siècle, les dictons populaires sont pris pour argent comptant, pourtant devant la détresse et l'inéluctable, Mère Nature se charge de les contredire.

 

1965, Bosc-Geffroy en Normandie : le journal local s'empare d'une histoire extraordinaire à propos de nos amis domestiques. Nous suivons Jacqueline, alors âgée de 8 ans, émerveillée par ce qu'elle a vécu.

 

Les protagonistes

Le canidé Fifille petit ratier sauvé de l'abandon et le félin Misette chatte isabelle vivent au sein d'une famille nombreuse. Ils font la joie et le bonheur des enfants quatre filles et un garçon. Comme beaucoup de chiens traumatisés « Fifille est d'une gentillesse débordante, elle participe à tous nos jeux, souvent cachées sous la table avec mes sœurs, nous partageons nos bonbons avec elle, une fille de plus dit souvent maman ! » raconte Jacqueline. Misette, ex-chatte sauvage, distribue avec parcimonie son attachement : éprise de liberté, en bon félin, elle chasse, court les champs et revient souvent fière de ses conquêtes, le ventre arrondi. Les deux animaux s'ignorent et parfois se pourchassent.

 

 Maîtres et serviteurs

Durant la Renaissance, les chats perdent enfin l'image satanique qu'ils représentaient au Moyen Âge et ils sont, comme les chiens, de plus en plus adoptés ; mais il règne une conviction qui apparente les humains à ces deux mammifères qui apparemment ne s'entendent pas. D'où vient cette animosité si souvent observée ? Les éthologues émettent entre autre l'hypothèse d'un système de communication inversé entre les deux espèces ; quand le chien remue la queue c'est un signe de joie, pour le chat un signe d'anxiété. Le chien, plus pulsionnel, ne sait pas inhiber sa réaction, s'il voit un chat dans la rue son instinct de chasseur le fait démarrer ; le chat, face à sa proie, est un observateur, un guetteur il prend son temps pour attaquer. Deux personnalités différentes dans leur rapport aux humains : « Les chiens ont des maîtres, les chats des serviteurs. »(1)

 

Le drame

À Bosc Geffroy, les animaux en liberté ne sont pas soumis à cette époque au contrôle des naissances, la vie suit son cours dans le hameau, c'est le printemps encore frais sous cette latitude. Tous les enfants attendent avec impatience le grand jour, les deux grands jours ! Dans la paille de la grange, Fifille donne naissance la première à six chiots ; une compétition est-elle engagée ou le destin fait-il un clin d'œil ? Le lendemain, Misette met bas six beaux chatons. « C'est merveilleux d'aller de l'une à l'autre observer les petites boules de poil au retour de l'école ! » Une semaine s'écoule dans l'euphorie et un  matin Misette n'est pas là, seuls les petits crient famine. « Mes sœurs et moi partons à sa recherche, peut-être est-elle blessée, piégée dans une cache, on sait la curiosité des chats. » Averti par un voisin, notre père nous annonce que le drame est survenu sur la route qui traverse le village. « Nous sommes, mes sœurs et moi, en pleurs. C'est un samedi matin, je m'en souviens, il n'y a pas école. » « Alors notre père a une idée magique, il présente les chatons à Fifille, elle les a léchés, ils se sont mis à téter goulûment. C'est un peu la bagarre car douze voraces qui ont faim jouent des coudes. » « Nous redoublons de vigilance, Fifille est transportée dans la maison, on améliore son confort, on l'installe dans une grande caisse pleine de chiffons, ses rations sont augmentées et nous ne cessons de l'encourager. Nous comprenons que toutes ces bouches à nourrir, cela doit être fatiguant. »

« L'événement a fait le tour du hameau, puis nous avons donné les chiots qui, aux yeux des gens, avaient peut être hérité d'une lignée prestigieuse à la bonté sans borne. »

L'histoire ne raconte pas quelle éducation les chatons ont reçu, mais tous ont survécu.

Depuis, grâce aux médias, des témoignages rendent compte de ce comportement, il paraît même qu'au zoo de la Palmyre, une chienne Teckel aurait allaité un lionceau.

Un doute s'immisce ! Et si la mésentente des mammifères que nous sommes avait induit cette métaphore et non l'inverse !

Que chacun de nous, humain, en prenne de la graine.

 

 Danièle Gardes

 

 

(1)   D Barry Prix Pulitzer.