Pulls tricotés mains

La perte d’intérêt des consommateurs et le coût prohibitif de fabrication de ces produits entraine leur rareté.

 

Marqué par son passage dans cette filière, Sophie porte avec élégance des beaux pulls tricotés, composés de plusieurs laines aux couleurs joliment assorties. Elle attire le regard des passantes, séduites. Certaines manifestement s’interrogent pour savoir où elles pourront se procurer le même !

Mission quasi impossible devant la disparition ou presque des magasins de laine spécialisés, assurant la fabrication manuelle de ce vêtement et s’inspirant de modèles attractifs.

 

Une belle expérience

Sophie a conservé de ses 15 ans à la tête de La Désirade de nombreux pulls mais aussi une belle expérience avec ses meilleures clientes partageant sa passion. Elle préfère oublier les quelques enquiquineuses pour ne conserver que les bons moments passés avec ses interlocutrices favorites. Le choix de la marque Bouton d’Or, riche en fils de laine en particulier d’angora, cotons et acryliques de grande qualité, l’a décidé. Avec un tel produit, elle n’a pas de peine à convaincre. Pour ce marché particulier, les liens tissés avec ses habituées comptent plus que tout. Elles apprécient les conseils personnalisés pour mieux tricoter.

L’exposition des plus beaux modèles, prêts à la vente, en fait craquer d’autres. Elles sont séduites par le rendu exceptionnel de ces belles pièces qui les met en valeur. Une fois essayées, elles sont le plus souvent adoptées ! Parfois à l’approche des fêtes, c’est l’homme de leur vie qui tient à leur offrir ce cadeau exceptionnel. Le montant, 150 à 200 euros selon les modèles, freine les enthousiasmes, bien qu’il soit sous-évalué par rapport au temps passé, 60 à 90 heures de travail minutieux.

La passion pour ce métier a un prix, il est difficile d’en vivre : de moins en moins de personnes tricotent. La réalisation d’un pull d’exception demande une grande  technicité et une assiduité qui ne répondent plus aux canons de l’époque. Malgré les velléités régulières de remettre cet artisanat au goût du jour, elles s’effondrent devant les réalités économiques et sociologiques. Progressivement les boutiques se ferment, remplacées par d’autres enseignes ou se diversifient avec d’autres produits, s’éloignant de ce qui faisait leur essence particulière !

Tricoter aujourd’hui

Les entreprises spécialisées dans la fabrication de fils de laine souffrent et certaines disparaissent. Bouton d’Or, une des plus prestigieuses, se maintient malgré la disparition de plus de la moitié des boutiques qui relaient ses produits. En s’associant à Anny Blatt, autre marque de haut de gamme, elle conforte son image mais reste vulnérable. Leur usine commune, implantée à Orange, propose encore une belle série de fils à tricoter. Le site de ces deux enseignes permet de les commander en direct ainsi que leur riche catalogue. Pour s’adapter à la clientèle, la société propose trois niveaux pour bien répondre à leur attente et éviter des déceptions. Un premier modèle facile destiné aux débutants, un plus élaboré pour les mains expertes, et un sophistiqué pour les tricoteuses aguerries.

A Gradignan, Diffus’laine propose une large palette de laines et accessoires qui répondent bien à la demande de ceux qui ont envie de se lancer. Dans ce cas, mieux vaut commencer avec un modèle enfant, à priori plus facile et surtout moins long à réaliser !

Dans le haut de gamme, il ne reste pratiquement plus de magasins spécialisés. Alexandre à Bordeaux, malgré sa grande réputation a dû arrêter sans trouver de repreneur. Parmi les boutiques qui demeurent encore, Can’elle, rue du Tondu, vend de la laine mais aussi des tissus au mètre et de la broderie. Luce laine tricot, rue Fondaudège, propose des fils à tricoter de bonne qualité mais le prêt-à-porter prend une place croissante pour assurer la pérennité du commerce.

Aujourd’hui, les amateurs de pulls disposent d’un large choix de produits fabriqués en série, parfois de très bonne qualité. Par contre, dénicher un tricot fait main original relève d’un parcours plus que difficile.

François Bergougnoux