Hiver à Maurice

Pique -nique sous les filaos , plages paradisiaques (D.R.)

Tandis qu’une partie de la planète grelotte avec parfois des températures sibériennes, d’autres subissent tempêtes et inondations. La dame verte est en colère. Rendez-vous dans une île paradisiaque : Maurice, serait-elle épargnée par ces intempéries ?

 

 

Lagons vert émeraude, paysages de carte postale, soleil cuisant : c'est la grande saison touristique qui, chaque année, voit déferler des visiteurs du monde entier venus se dorer au soleil.

 

L’été

Ici, l’hiver c'est l’été. En descendant de l’avion, les tongs remplacent les bottes, les shorts les manteaux. Vous humez ces bouffées de chaleur qui vous saisissent et vous consolent des crispations du froid, de la grisaille. Vite à l’hôtel ou son lieu d’hébergement pour se précipiter dans l’eau chaude tentatrice. Grand Baie, Mon Choisy, Trou aux biches, Roches noires, Poudre d'or : les plages de sable fin qui bordent la route royale sont envahies. Le long de la côte, les hôtels affichent complets ; européens, asiatiques, africains sont venus se réchauffer et s’évader ; les peaux blanches s’exhibent, se colorent,  rougissent. Devant le palace Trou aux biches, la plage immense ! Ils sont là, alignés sur leur transat. Pur délice ! De temps en temps, ils quittent la serviette pour un plouf dans l’océan. Leur sieste est interrompue par des marchands ambulants qui proposent toutes sortes de marchandises : paréos, colliers, pashminas. Certains se laissent convaincre : un petit souvenir à ramener.

 

Les Mauriciens

De tous côtés, ils viennent le week-end en famille, après une semaine de dur labeur, profiter d’un moment de répit. Sur la grande plage de Mon Choisy, sous les filaos, ils ont dressé des tentes et des nattes en raphia, ils s’y installent et déballent toutes sortes de victuailles : briani, mean frit, riz frit, le tout bien arrosé. Les enfants piaillent de joie ; après un plongeon, ils se défoulent avec un ballon de foot. L’ambiance est festive : tambours, ségas, rythmes endiablés. Toute la journée, ils grignotent faratas, chips avec fanta, sodas, bières. Les maillots affichent leurs rondeurs. Certains obèses ne semblent guère préoccupés par leur look, ils sourient et vous convient : « Venez goûter un briani que ma mère a préparé ! » et sont ravis que vous fassiez honneur à leur spécialité. Par contraste, des femmes indous arrivent parées de leur rutilant sari, s’assoient, observatrices ; à côté, un couple : elle, coiffée d’un foulard, vêtue de la tête aux pieds sous les 35 degrés, lui en habit de tarzan. Ils se jettent à l’eau, personne n’y prête attention. Sur le lagon, la chaleur estompe les différences. À Grand Baie, partie de l’île la plus touristique, près de la plage, des petites baraques aux enseignes alléchantes comme Paradis de nourriture affichent leur menu, rougaille, curry, vindaye de poisson à tout moment de la journée. Une table brinquebalante est dressée. Assis sur des tabourets en plastique, vous dévorez la vue sur le lagon.

 

Envers du décor

Poonam, une jeune mauricienne porte toujours un parapluie non seulement quand il pleut mais pour se protéger du soleil. Elle a de longs trajets à parcourir pour se rendre dans les domiciles où elle travaille. Vite un endroit frais sous un arbre pour attendre le bus ! Elle rêve de neige. Comme elle, de nombreux Mauriciens se projettent sur les pentes de ski. Ramen, un Mauricien qui gère une entreprise de bois, s’exclame « Je fais des économies pour partir avec ma famille dans les Alpes l’hiver prochain ! » La chaleur estivale assomme les travailleurs à l’extérieur ; dedans, la clim est présente partout. Davina, jeune fille d’une vingtaine d’année, vend bijoux et accessoires à la Croisette, grande surface commerciale. Elle est toujours vêtue d’un pull et d’un pantalon « J’ai toujours froid », dit-elle, alors que les touristes circulent en short. En passant devant une vitrine géante de prêt-à-porter, manteaux, pulls, bottes s’exhibent en prévision de l’hiver prochain en juillet et août ! Il fera 25 degrés.

Alerte cyclone ! La radio diffuse les messages de dangerosité classe 3, l’affreuse tempête tropicale Berguitta est là, l’île est paralysée : plus de moyens de transports. Des centres d’accueil hébergent les plus exposés. Maurice n’échappe pas à la colère de dame nature mais les alizés chauds et quelques rayons de soleil la rendent moins cruelle.

Hiver, vous n’êtes qu’un vilain !

 

Élisabeth Cadilhon