Février 1956

Une vague de froid saisit la France. Le pays grelotte et vit au ralenti.

Circulation automobile quasi impossible sur les quais de Bordeaux (Archives journal Sud Ouest)

 

 

Dominique reste à jamais marqué par cette période glaciale vécue à 14 ans au collège, à Cahors. «  Je garde un sentiment de lutte permanent contre le froid, en enfilant plusieurs lainages, même dans les classes où la température ne dépassait pas les 15°. Quant au dortoir, en l’absence de chauffage, il valait mieux, pour résister, se coucher habillé ! Nous restions néanmoins sereins et cela ne nous empêchait pas de jouer dehors. Un événement personnel renforce le souvenir que j’ai gardé de cette époque. Suite à une chute survenue dans la cour verglacée, le weekend où je restais pensionnaire, je suis porté inconscient à l’infirmerie. À mon réveil, je découvre penché à mon chevet, avec sa cornette blanche, une sœur cousine de ma mère, venue me voir. Un bref instant je me suis cru arrivé au paradis !»

 

Un froid soudain

Après un mois de janvier très doux, la température chute brutalement dès le 1er février. Le dicton « À la chandeleur, l’hiver se meurt ou prend vigueur » répond particulièrement à la situation. Du jamais vu depuis 75 ans. À l’image de tout le pays, y compris dans le Sud, la température reste négative pendant près de 4 semaines, – 10° en moyenne avec des pointes à – 20° et moins dans les régions les plus exposées. Les routes verglacées après les chutes de neige aggravent la situation et génèrent de nombreux accidents.

La vie devient dure pour tous. Plusieurs dizaines de sans abris meurent. L’abbé Pierre réitère son appel de 1954. Il demande à la préfecture de réquisitionner des bâtiments pour les abriter et d’installer dans la rue des braseros. Les approvisionnements deviennent difficiles, en particulier pour les légumes figés dans le sol. Pour faire face à nos besoins exceptionnels en énergie, les américains fournissent à la France 140 000 tonnes de charbon.

À Paris, la Seine est entièrement gelée comme de nombreuses rivières. L’Atlantique même forme de la glace à proximité de La Rochelle. À Bordeaux, un mètre de neige envahit la chaussée. Chaban-Delmas requiert des bulldozers pour dégager les rues et organise le ravitaillement de la ville devenue en une journée quasiment isolée. Cela nous offre aussi des scènes inhabituelles de skieurs et de patineurs décidés à s’amuser malgré les circonstances. Ils s’aventurent sur ces lieux qui ne sont pas habituellement réservés à cet exercice. À cette époque, les gens étaient plus aguerris. Dans la mesure où l’essentiel est assuré avec le logement et la nourriture, beaucoup prennent avec philosophie les conditions extrêmes du quotidien.

Durement atteinte, l’agriculture subit de plein choc cet hiver exceptionnel. Bien des noyers dans le Périgord et des oliviers en Provence ne redémarreront pas au printemps. Que de dégâts aussi dans les maisons mal chauffées. Dès le premier redoux, les tuyaux éclatent et les plombiers peinent à faire face à la demande.

 

Hivers récents

Dès que la température baisse sérieusement, on évoque celui de 56, inégalé dans son ampleur jusqu’à aujourd’hui. Sommes-nous maintenant mieux armés ou plus fragilisés pour y faire face avec notre technologie moderne et le nombre incessant de voitures et de camions qui circulent sur nos routes ?

Parmi les vingt périodes les plus froides depuis 1900, signalons le début d’année 1963, particulièrement rude dans le Nord où le sol gèle sur 60 cm. En janvier 1985, la France grelotte à nouveau. En 2 jours, la neige et le verglas envahissent le pays. On enregistre – 16° à Bordeaux et – 12° au Cap-Ferret. Les oiseaux sont à nouveau décimés. Le grand froid revient en 2010, marqué par sa longueur et la fréquence des chutes de neige et, à un niveau moindre, en février 2012 avec cependant – 14° dans les Landes mais une température plus clémente dans notre ville.

Février 2018 s’annonce plus tempéré mais rien ne dit qu’il ne sera pas terrible ! Quant à l’avenir, le réchauffement climatique ne se traduira pas forcément par des hivers doux mais plutôt par des périodes contrastées selon les prévisionnistes. Certains craignent même que la modification du courant du Gulf Stream, conséquence  inquiétante du réchauffement des océans, entraine sur la France des hivers rudes comparables à ceux du Canada, situé à la même latitude.

François Bergougnoux

 

 

La rue est transformée en piste improvisée par les skieurs (D.R.)