L'atelier d'Hélène

(photos de D. Scherwin-White)

Revenir à sa première passion de tapissière d'ameublement, après avoir été brocanteuse durant de nombreuses années, un pari réussi.

 

L'Observatoire a rencontré Hélène Lagarosse à Saint-Augustin, quartier de Mérignac où elle s'est installée depuis 2010. Ici, elle a recommencé une nouvelle vie avec l'ouverture d'un atelier de réfection de sièges et de fauteuils. En fait, cette jeune femme souriante a renoué avec ses principaux loisirs de jeunesse, un travail manuel d'aiguilles (la couture, le crochet, le canevas) qui l'a amenée plus tard à faire une formation de tapissière d'ameublement.

 

Un parcours singulier

« La couture, c'est un loisir !» Aucun encouragement parental pour continuer dans cette voie à l'âge adulte. L'essentiel est surtout de passer le bac. Et un « métier manuel », quel avenir ? Difficile de convaincre ses parents. Pourtant elle est manuelle et tous les domaines l'intéressent, « jusqu'à l'électricité et la plomberie aujourd'hui ! »

Dubitative, à la fin de ses études, elle privilégie deux voies différentes. Intéressée aussi par les antiquités, elle intègre l'École des Antiquaires, l'EAT, aux Chartrons et en complément suit des cours concernant la réfection de sièges et de fauteuils.

Pendant neuf ans, Hélène est brocanteuse, trois ans à sillonner les marchés, les foires comme celle des Quinconces. « Travail harassant : déballer, remballer tous les jours » puis propriétaire d'une boutique, route de Toulouse. Période en demi-teinte, elle « n'est pas entièrement satisfaite », « le travail manuel lui manque ». Pourquoi ne pas devenir tapissière décoratrice ? Elle reprend et complète cette formation tout en se perfectionnant en travaillant chez un professionnel.

 

Tapissière décoratrice

Dans son atelier lumineux attendent des fauteuils très divers, à différents stades de réfection. Pour les recouvrir, elle propose une large gamme d'échantillons de tissu, mais sans problème, le client peut apporter le sien. Pas de lassitude dans ce travail, chaque fauteuil pour Hélène présente un intérêt, « son aspect, son utilité, sa fonction » « un travail et un plaisir toujours renouvelé ». Il faut beaucoup d'habileté, de patience, et elle en a beaucoup, pour les refaire à neuf, réfection totale de la garniture, par le dégarnissage ou simplement par le changement de tissu. La garniture peut être en mousse ou traditionnelle avec ressorts et crin. Hélène souligne que dans l'avenir, l'enseignement portera presque exclusivement sur la technique de la mousse. Explication succincte d'une réfection totale. Après le dégarnissage, il faut commencer souvent par le recollage du bois pour favoriser la stabilité du siège. Ensuite il est nécessaire de le nettoyer et de le cirer.

Puis le travail le plus minutieux débute. D'abord, il faut sangler avec un tire sangle et poser des ressorts qui sont cousus sur la sangle, faire le guindage (cordes attachées aux ressorts, fixation entre eux et au siège) puis poser une toile forte qui supportera la garniture. Après procéder à la mise en crin (lacets, cordes cousus sur la toile forte), à l'emballage du crin avec une toile au-dessus et faire des points de fonds sur la toile pour le maintenir. Encore ajouter une couche d'élancrins, fixer une toile blanche. Et finir par la pose du tissu. Travail méticuleux précédé par des mesures, d'un plan de découpe pour chaque partie du fauteuil pour limiter la perte de tissu. Alors, celui-ci est enfin positionné sur le fauteuil, bien vérifier surtout s'il est avec motifs, le mettre en tension et commencer l'appointage, (la semence, les clous) avant l'agrafage. Dernière finition, la pose du galon et du jaconas, le tissu sous le fauteuil. Il faut compter 20 heures de travail, de patience pour un simple fauteuil, car elle précise « ne pas se laisser rebuter par les difficultés, toujours reprendre, recommencer si nécessaire. »

Toujours perfectionniste, elle suit des cours avec le GMA (Groupement des métiers de l'ameublement) et voyage pour découvrir d'autres aspects de son métier, lors de salons à la rencontre de fournisseurs.

« La ténacité est gage de réussite, n'est ce pas ? »

 

Martine Lapeyrolerie