Si beau Ciron

À pied, à vélo, en voiture ou en canoë, émerveillement assuré.

Des Landes à la Gironde, de Lubbon à Barsac, le Ciron se prélasse sur trois départements. Fier de ses 97 km, il doit tout de même compter sur de nombreux affluents longs de 9 à 33 km pour apporter de l'eau à ses moulins et l'aider à rejoindre la Garonne à Barsac. Au moyen-âge, son confluent se trouvait près de Cérons à qui il a donné son nom (Siron en gascon).

 

De Lubbon à Allons

Le printemps est là. Vous voici à Lubbon à l'Est du massif des Landes. Garez votre voiture sur la place et suivez à pied le minuscule cours d'eau qui serpente à travers le village. Un bon km à contre-courant, voici la source du Ciron. Roulez au milieu des bois. De loin en loin un pont. Le ruisseau vous accompagne. Avancez le long de ses berges, plus de pins mais une forêt-galerie qui, non seulement lui fait une haie d'honneur, mais aussi un toit. C'est le domaine des aulnes, des charmes, des chênes et des hêtres si rares sous le climat landais. Tendez l'oreille au glou-glou du ruisseau, au chant des oiseaux, au bruissement d'ailes de la chauve-souris (17 espèces). Mais n'effrayez ni la loutre qui vous guette ni les derniers visons d'Europe prêts à plonger au premier bruit. Natura 2000 veille sur cette biodiversité exceptionnelle pour notre plus grand bonheur. Laissant derrière vous les Landes vous atteignez Allons et le Lot-et-Garonne. Un chemin de pierre blanche s'enfonce dans la campagne et longe le Ciron. Tout à coup surgit un édifice imposant, robuste, mystérieux et élégant à la fois : l'église fortifiée de Saint-Clair-de-Gouts et ses fontaines miraculeuses, hauts lieux de pèlerinage. Le paysage reste sauvage, il n'est pas rare qu'un chevreuil curieux vous oblige à ralentir.

 

Du Bazadais aux vignes 

Vous êtes en Gironde. À partir de Saint-Michel-de-Castelnau, villages et pâturages sont plus nombreux. Le Ciron commence à être exploité. Vous croisez moulins, papeteries et piscicultures. À Escaudes, la minuscule chapelle romane et son cantonnier bedeau vous attendent. Puis la rivière attaque le plateau du Bazadais, son cours devient moins paisible, elle s'enfonce doucement dans des gorges impressionnantes jusqu'à Villandraut. Pourtant, jusqu'aux portes du château du Pape Clément les ripisylves, installées sur les flancs pentus, sont toujours là. Du fond de son lit, un Ciron plus impétueux vous guide de découverte en découverte : Uzeste et son altière collégiale, encore le pape Clément, Cazeneuve, souvenir de la Reine Margot, Insos et son église étonnante. Mais la balade n'est pas finie. Le calme revient, la rivière s'étale, se divise parfois, envahissant les gravières, les méandres succèdent aux méandres, les feuillus remplacent les pins et bientôt les vignes supplantent les prairies. Sauternais et Barsac se gorgent des brumes matinales portées par le divin ruisseau qui feront naître le Botrytis Cinéréa, garant de la qualité et de la réputation de leurs vins. Vous voilà arrivés. Satisfaits ? Ici vous devinez la Garonne, elle L'attend avec impatience sachant que ses eaux sont parmi les plus pures de France.

 

Sur l'eau

Des eaux si pures que vous avez envie de les toucher, d'y mettre le pied, de vous y mirer, de vous laisser porter. Alors, rendez-vous à Villandraut par un beau jour d'été. Franchissez le pont, entrez dans le domaine des canoës. Louez une embarcation. Un véhicule vous emporte jusqu'à Beaulac. À vous de redescendre ! Gilets ? Casques ? À votre goût. Le canot coloré peut prendre à son bord deux ou trois pagayeurs. Première étape, la mise à l'eau. « Oh ! Elle est fraîche ! Tant pis », vous voilà partis. Coordonnez bien vos gestes ou c'est l'échouage assuré. Vous glissez... Au-dessus de vos têtes, un dôme d'émeraude, sur les rives, les essences rares d'une forêt-relique d'où filtrent les cheveux d'or du soleil. Sous l'esquif, une eau de rêve, transparente. « Tiens, une écrevisse à pattes blanches » « Regarde, une tortue cistude » « Oh ! J'ai aperçu une couleuvre d'eau qui regagnait la berge » « Ah ! Voici un gourmand ! » Un héron cendré, piqué, pattes dans l'eau, semble se régaler. Un éclair argenté zèbre l'onde, un magnifique brochet. Trop de choses à voir, mais il faut avancer non sans s'émerveiller devant les extraordinaires fougères (osmondes royales) qui tapissent le sol. Combien de temps mettrez-vous à regagner le port ? À vous de voir. Tout dépend de votre curiosité et de vos talents de rameur. De retour, aucun regret, seulement l'envie de repartir. Pareilles rencontres à pied, à VTT ou en bateau pour Ciron ce n'est vraiment pas cher !

 

Dany Guillon