Cape Town

La ville du Cap occupe une place à part en Afrique du Sud. C’est la ville-mère où ont débarqué les premiers Européens. Elle est le symbole de leur établissement sur la terre africaine.

 

Espace urbain, coincé entre mer et montagne, la splendeur du site de la ville du Cap se révèle du haut des 1000 m de la Montagne de la Table, autrefois repère des marins par temps clair.

 

Les fondateurs

Pendant plus d’un siècle et demi, bien que connue des navigateurs portugais, la baie de la Table ne servit que pour le dépôt du courrier et le ravitaillement en eau fraîche. Ce fut le naufrage en 1649 d’un bâtiment de la Compagnie hollandaise des Indes orientales qui fut à l’origine de la création d’un comptoir de ravitaillement au Cap. L’équipage naufragé fut contraint de séjourner cinq mois en attendant d’être secouru par un autre navire de la Compagnie. Deux de ses officiers rédigèrent un mémoire signalant les avantages de l’établissement d’un fort et d’un jardin dans cette région. En effet, d’Europe jusqu’à Batavia (Indonésie) sans escale, la route était trop longue, les équipages étaient décimés par le scorbut, faute de légumes et de fruits frais. Le climat méditerranéen et la fertilité des terres devaient pouvoir permettre des cultures. Le 9 avril 1652, le premier représentant de la Compagnie, Jan Van Riebeck débarqua au Cap, accompagné d’une centaine de soldats. Ils s’installèrent entre le rivage et la Montagne de la Table à proximité du jardin de 16 ha qui devait donner des fruits et des légumes. La colonie manquait de cultivateurs expérimentés et de main d’œuvre. La Compagnie fit venir d’Europe neuf familles paysannes originaires de Hollande et de Cologne. Toutefois la préférence fut donnée à l’importation d’esclaves d’origine asiatique, malgache, indienne mais aussi du golfe de Guinée, d’Angola et du Mozambique dès 1658 et ce, jusqu’à la fin du XVIIIe siècle. Van Riebeck planta des vignes dans ses jardins. Le premier vin ne fut qu’une mauvaise piquette. Le gouverneur qui lui succéda fonda en 1685 le domaine viticole de Groot Constantia. Il réclama des Français, « en particulier ceux qui savent cultiver les vignes et fabriquer le vin, le vinaigre ». Sur les 60 000 huguenots français réfugiés en Hollande après la révocation de L’Édit de Nantes, 200 environ, originaires des provinces viticoles, embarquèrent pour l’Afrique. Ils créèrent des exploitations dont certaines portent encore aujourd’hui des noms français. La qualité des vins s’améliora. Napoléon trompait son exil à Sainte-Hélène en buvant du vin de Constance.

Le Cap devint une escale appréciée, sa réputation la fit surnommer dès le XVIIIe siècle, la Taverne des mers. L’objectif de la Compagnie était de créer un simple comptoir sans prétention d’expansion territoriale. Contre sa volonté, la ville va croitre, elle va s’étendre vers le nord et l’est. Elle donnera naissance à un pays.

 

Un nouvel essor

En 1814, la Hollande cède formellement la colonie à l’Angleterre. Sa situation stratégique qui prévaut encore aujourd’hui fut décisive. Les Britanniques s’intéressent d’abord au point d’ancrage que constitue la ville du Cap sur la route maritime des Indes. De plus, rompant avec la politique des Hollandais, l’Angleterre établit des milliers d’immigrants au Cap et déclara l’anglais, langue administrative et juridique.

La ville et le port vont connaitre un nouvel essor. La British East India Company s’implante au Cap. Les commerçants anglais prospèrent rapidement grâce au vaste réseau commercial mondial de l’Empire Britannique. Ils exportent des fruits, du blé, du vin, de la laine. Ils s’investissent dans la modernisation et le développement des infrastructures portuaires. Actifs et énergiques, ils vont constituer une nouvelle et puissante classe moyenne. Sur leur impulsion un premier journal voit le jour en 1824, lequel lutte pour l’émancipation des esclaves, la libéralisation du commerce, le développement des soins de santé, l’alphabétisation des populations ou encore l’autonomie gouvernementale. Ils vont transformer une localité rurale néerlandaise en véritable capitale digne de l’Empire Britannique, titre qui lui sera ravi en 1860 par Pretoria. Toutefois Le Cap restera la capitale législative.

 

Le Cap aujourd’hui

De nombreuses banques, assurances et entreprises industrielles y ont établi leur siège. Des industries aussi diversifiées que la réparation navale, les raffineries de pétrole ou l’industrie textile s’y sont développées, elles bénéficient de la proximité du port commercial, déplacé vers l’est, agrandi et rénové récemment.

Toutefois, elle n’est plus l’unique métropole où le sort de l’Afrique australe entière était décidé. Son éloignement des autres grandes villes, la croissance spectaculaire de Johannesburg et le développement des liaisons aériennes lui ont enlevé son rôle de premier plan dans l’économie du pays. Mais la ville-mère reste la capitale culturelle d’où partent les impulsions théâtrales et musicales, les nouvelles tendances de modes. Elle abrite de nombreuses maisons d’éditions, des sociétés savantes, des maisons de production. Des écrivains, des intellectuels, des designers, des artistes, des cinéastes ont choisi d’y vivre. Pendant la période sombre de l’apartheid*, les premiers pas vers l’abrogation ont été effectués au Cap, qui servit de modèle lors de l’abolition de la discrimination raciale dans les autobus, mesure effective depuis des années dans cette cité.

Sa situation exceptionnelle, la clémence de son climat méditerranéen en font une destination appréciée des touristes du monde entier. Amis voyageurs, n’hésitez pas à vous rendre dans cette ville, tolérante, pluriculturelle et accueillante. Elle vous invite à des promenades dans les allées ombragées de l’ancien jardin de la compagnie où subsistent des carrés de légumes, témoins de son passé nourricier. De là, vous pourrez monter vers le quartier malais où vous déambulerez dans les rues ornées de maisons aux couleurs vives, symbole de leur révolte contre la ségrégation.

Si le temps est clair sur la Montagne de la Table, allez vite prendre le téléphérique, en quatre minutes il vous hissera à 1 000 mètres d’altitude, prévoyez une petite laine même pendant l’été austral. Vous y découvrirez un panorama fabuleux sur la ville du Cap et les rivages de l’Océan Atlantique, rochers déchiquetés, plages tranquilles nichées au fond d’une baie, montagnes abruptes, versants verdoyants. Au loin, vers le nord vous devinerez Robben Island**, lieu de mémoire et classé depuis 1997 au patrimoine mondial de l’humanité, au sud le Cap de Bonne Espérance. Les plus sportifs descendront à pied vers le jardin botanique de Kirtenbosh. Palmiers, sable blanc, arpèges de bleus surplombés par la chaîne des Douze Apôtres, haute montagne sombre qui verrouille l’horizon, la station balnéaire de Camps Bay vous éblouira. Les plages qui lui succèdent, Bantry Bay, Clifton, entrecoupées par des avancées rocheuses, des falaises à pic plongeant dans l’océan, sont un enchantement de l’œil. Personne dans l’eau cependant, une mer agitée et glaciale oriente les sportifs vers les bassins olympiques d’eau de mer filtrée, à température plus agréable, ou vers des activités nautiques, voile, plongée, pêche. Arrêtez-vous à Sea Point, respirez l’air du large, admirez le coucher du soleil, faites une marche en empruntant le sentier aménagé le long du rivage jusqu’au Water Front, ancien port victorien. Lieu de promenade et de loisirs, avec des boutiques d’artisanat local, un centre commercial, et un quartier résidentiel, incontournable, où les populations de toutes origines se rencontrent dans un joyeux mélange qui témoigne de la fin des préjugés raciaux. Épris d’histoire, passionnés de botanique, amoureux de la nature, de la mer, ou fêtards invétérés, partez à la rencontre de cette cité qui a su allier avec bonheur l’héritage du passé et les audaces de la modernité. Au palmarès des villes du bord de l’eau, elle figure aux toutes premières places

 

F.Sohm

 

*En 1948, Daniel Malan devient premier ministre, met en place la législation de l’apartheid, supprimée en 1990.

 

**Lieu de détention des prisonniers politiques, le plus célèbre, Nelson Mandela, symbole de la résistance, y fut détenu plus de 27 ans.