La reliure? Tout un art

Sa fonction première est de protéger les documents manuscrits ou imprimés et d’aider à leur conservation.

Le livre sous sa forme actuelle apparaît à l’époque gréco-romaine, il succède au papyrus utilisé chez les Égyptiens et aux tablettes d’argile cuites des Assyriens.

Dès le IVe siècle, des feuillets doubles en parchemin assemblés par les fonds, permettent d’écrire des deux côtés. Ces premiers livres sont appelés codex, ils servent surtout à inscrire des textes de loi, on retrouve là l’origine du mot code, ils seront protégés d’une simple peau.

 

Au fil de l’histoire

C’est au Moyen Âge que naît dans les monastères l’art de la reliure, les livres pieux sont recouverts de plaques en or ou en argent incrustées de matières précieuses. Le velours et la soie sont utilisés pour des ouvrages d’exception alors que les peaux servent pour les reliures modestes. Les cahiers de parchemins sont cousus par des nerfs de bœuf sur des planchettes de bois servant de support au revêtement futur.

À la fin de cette période, l’extension de la fabrication du papier et la découverte de l’imprimerie favorise la diffusion du livre, il devient plus léger, les coutures se font sur ficelles de chanvre, la reliure évolue vers de nouvelles techniques, le bois est remplacé par le carton, l’ornementation des couvertures en peau est faite par l’empreinte à chaud de fers gravés. Dès la fin du XVe siècle, la forme du livre est fixée, les méthodes essentielles de fabrication ainsi que les matériaux le constituant.

Chaque époque met sa marque originale mais pendant quatre cents ans, la reliure devient principalement une histoire de style aux décors à répétition de motifs. Sous la révolution, les productions artistiques cessent, il faut faire du provisoire, l’artisan relieur Pradel donne naissance à deux nouveaux genres : le cartonnage et la demi-reliure, les feuillets sont cousus sur rubans, ce procédé est encore pratiqué de nos jours, il s’appelle Le Pradel.

 

Le savoir faire

Relier, c’est avoir toute une série de tours de mains éprouvés par des générations d’artisans relieurs, il faut apprendre à couper, coller, coudre, restaurer avec rigueur, précision et patience. Soixante opérations en moyenne sont nécessaires pour réaliser une reliure. Le métier passe par le maniement d’outils plus ou moins tranchants, scalpel, couteau, ciseaux poinçon, fer à polir, plioirs…Les machines telles que la presse, la cisaille, le massicot, l’étau et le cousoir sont là depuis des siècles pour un travail de tradition artisanale.

 

Un atelier bordelais

Installé sur les quais rive droite, L’atelier du patrimoine* emploie une vingtaine de personnes, il travaille essentiellement pour les municipalités, les services des archives, les bibliothèques et les musées qui lui confient la restauration, la reliure ou le transfert numérique de leurs fonds documentaires. Les travaux sont réalisés dans un local à température de 20° et à 55% d’hygrométrie, tous les registres sont traités manuellement.

En préalable à la restauration, les documents font l’objet d’une analyse technique qui oriente le choix des opérations.

Pour les livres anciens, un dépoussiérage est effectué à l’aide d’une gomme en PVC, de chiffons en microfibre et de brosses douces avant de faire le débrochage du corps d’ouvrage, le nettoyage par flottage de certains feuillets est parfois nécessaire si le test des encres le permet. Ils sont ensuite conservés entre deux films non tissés puis séchés entre deux buvards. Dans le cas de papier fortement fragilisé ou présentant des lacunes, le doublage en plein avec du papier japonais à faible grammage est indispensable. Apres le séchage puis la mise sous presse, les feuillets sont ébarbés et reconstitués avant la couture réalisée sur ficelles ou sur rubans passés dans du carton. La couverture en peau peut être posée respectant ainsi un travail d’époque.

Ces ouvrages pérennisés peuvent de nouveau entrer dans le circuit de la lecture car chacun n’a-t-il pas le droit d’accès à ces trésors ?

Maryse Laporte

 

*Atelier du patrimoine

65 quai de Brazza

33072 Bordeaux Cedex

Tél : 05 56 57 19 87