Éditorial

 

La presse magazine a ses contraintes ; en particulier celle du délai qui court entre la définition éditoriale d’un numéro et sa publication. L’Observatoire n’échappe pas à la règle. Voilà pourquoi, il n’est guère fait explicitement allusion dans ce numéro à l’indicible période que nous avons vécue depuis le mitan du mois de mars.

Cet opus 114 a en effet été lancé début janvier, alors que la pandémie qui allait nous assommer n’était encore qu’une non-information à peine inscrite, ici ou là, en petits caractères, dans l’actualité quotidienne. Cet exemplaire a donc été réalisé dans des conditions acrobatiques, inhabituelles : la plupart des entretiens, des reportages, ont été menés à distance, par téléphone ou visioconférence ; tout comme les conférences de rédactions hebdomadaires qui ont été organisées par l’entremise de conciliabules téléphoniques.  

On conviendra toutefois que nous avons tiré quelques bienfaits de ces modes de travail : ils nous ont certes privés de la convivialité inhérente au fonctionnement de notre rédaction, mais, en même temps (expression à la mode) ils nous ont obligés à discipliner nos idées, canaliser nos passions, avantager l’écoute et le parler court, à nous fixer sur l’essentiel. 

Les bénéfices de ces contraintes se sont aussi retrouvés dans notre quotidien en premier lieu, celui de nous concentrer sur le principal de nos vies, sans les colifichets journaliers que nous pensions indispensables : lèche-vitrine, café en terrasse, cinéma, plage, sortie restau, piscine, belote, chine, exposition, coiffeur, cours de peinture ou de danse, aqua-gym… Ils nous manquent, bien sûr, mais, preuve est faite, qu’ils ne sont pas aussi vitaux que nous le croyions. Comme quoi, la privation est un bon indicateur de l’utilité, ou de la légèreté des plaisirs ordinaires. 

Ce constat, bien qu’un peu pontifiant, s’applique tout aussi bien au thème de ce numéro. Sans doute faut-il, un malheureux accident de la vie ou de santé, qui nous priverait de son usage pour mesurer combien nos dix doigts sont vitaux. L’idée que nous avons suivie consiste à rappeler que la main est le plus parfait des outils; et, partant, que le travail manuel tellement rabaissé par rapport aux œuvres de l’esprit porte en lui sa propre forme de noblesse; d’ailleurs, l’écriture, moyen ultime d’immortaliser la pensée ne passe-t-elle pas par une activité manuelle, qu’elle soit portée par une plume d’oie, un Montblanc, une sergent major, une pointe Bic… ou un clavier d’ordinateur ?  

Dans ce contexte difficile du confinement, et pour réussir en un tour de main ce beau numéro de L‘Observatoire, chacune, chacun, nous avons donc pris notre courage à deux mains en espérant que, dans le choix des sujets, nous avons eu la main heureuse faute de l’avoir mené de main de maître.  

Jean-Paul Taillardas